Le cinéaste chinois
Xie Jin / 谢晋 est mort à l'âge de 85 ans.
Par un étrange hasard, il est revenu mourir sur le lieu de sa naissance, à Shangyu (上虞), dans la province du Zhejiang (浙江).
Invité à célébrer les 100 ans du collège qu'il avait fréquenté, Xie Jin est mort à son hôtel, au retour d'un banquet.
Né en 1923 dans une famille de lettrés, Xie Jin a d'abord évolué dans le monde du théâtre avant de bifurquer vers le cinéma après la Libération. Il a occupé bien des postes d'assistant à la réalisation et à la production, avant d'atterrir au Studio de Shanghai dans les années 1950.
En 1957, il devient réalisateur avec La Basketteuse No5 (女篮五号) : coup d'essai, coup de maître. Celles et ceux qui ont eu la chance de le voir à la Cinémathèque se souviennent sans doute d'un film aux couleurs éclatantes, d'une grande fraicheur, d'un récit bien mené, avec des actrices au jeu naturel.
En 1961, Xie Jin confirme son talent de conteur avec Le Détachement féminin rouge (红色娘子军) - projeté récemment à Paris Cinéma. En oubliant son côté propagandiste, on découvre un film d'aventures bien rythmé.
C'est en 1965 que Xie Jin signa son chef-d'oeuvre (à mon avis) : Soeurs de scène (舞台姐妹). Une formidable histoire d'amitié (non sans quelques allusions homosexuelles) entre deux actrices d'une troupe de théâtre itinérante dans la Chine d'avant la Libération. Un récit bouleversant, un sens très sûr de la mise en scène, des actrices talentueuses, une photo d'une beauté à couper le souffle. Film que j'ai découvert au Ciné club de Frédéric Mitterrand, à la télé dans les années 80. Revu à la Cinémathèque : quel choc visuel ! Et dire que ce film a été réalisé pendant la Révolution Culturelle ! Tsui Hark s'en est sans doute inspiré pour Shanghai Blues et Pekin Opera Blues.
La Révolution Culturelle a obligé Xie Jin à abandonner le cinéma pendant 10 ans, entre 1965 et 1975.
Pour la seconde partie de sa carrière, on peut citer des films comme Jeunesse (青春), Le Gardien de chevaux (牧马人), Le Bourg aux Hibiscus (芙蓉镇)...
Il a aussi réalisé La Guerre de l'opium (鸦片战争) - diffusé sur Arte - en 1997, l'année de la rétrocession de Hong Kong à la Chine. J'étais dans une fac à Pékin en 1995; la production venait sur le campus recruter des étudiants étrangers pour jouer les méchants envahisseurs du film. Contrairement à ce que je pensais, les étudiants (dont quelques retraités français) n'avaient pas hésité à accepter la proposition.
Le dernier long métrage de Xie Jin datait de 2001 : Woman Soccer Player #9 (女足九号). Ce clin d'oeil à son premier film conclut désormais sa carrière de cinéaste.
Cette année Xie Jin a participé au projet collectif One 2008th sur le tremblement de terre survenu au Sichuan au printemps. On ne sait pas s'il avait pu terminer son court-métrage.
Jusqu'à récemment, Xie Jin avait de nombreux projets de films. Mais sa santé fragilisée rendait leur concrétisation illusoire.
Xie Jin restera pour les amoureux du cinéma chinois comme l'un des plus grands cinéastes de l'ère maoïste. Bien que ses films obéissaient à la ligne dictée par le Parti, Xie Jin avait su prouver, à l'instar de certains cinéastes russes de l'ère soviétique, qu'il avait un style bien personnel, un sens unique de la mise en scène et de la direction d'acteurs (il avait révélé entre autres Joan Chen, Liu Xiaoqing ou encore Jiang Wen - qui lui a rendu hommage dans son dernier film The Sun Also Rises).
Il était respecté en Chine et à l'étranger. Il a reçu de nombreux prix au cours de sa carrière. Son oeuvre avait fait l'objet de nombreuses rétrospectives à travers le monde à partir des années 1980.
RIP



