
Bientot dans Rush Hour 6
      
Groupe : Modérateurs
Messages : 10937
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon

|
LES PETITES FLEURS ROUGES
Produit par Marco Müller pour Downtown Pictures en co-production avec le studio chinois Good Tidings et l’Istituto Luce en Italie, le film Les petites fleurs rouges a été sélectionné au Festival de Sundance le 23 janvier ainsi qu’au Festival de Berlin 2006 dans la catégorie « Panorama ». Défini par les producteurs comme « une superproduction avec 135 petits acteurs chinois dans la tradition de Zéro de conduite de Jean Vigo et des 400 cent coups de François Truffaut », le film bénéficie d’un montage de Jacopo Quadri (Innocents – The dreamers, L’odeur du sang, Paz !) et d’une musique de Carlo Crivelli (La nourrice, Un viaggio chiamato amore, La spectatrice). Inspiré du roman semi-autobiographique de l’écrivain chinois dissident Wang Shuo, Les petites fleurs rouges retrace l’histoire infernale de Qiang qui, à l’âge de deux ans, est envoyé en pension dans un orphelinat. Au bout de quelques jours, il est déjà le cauchemar de ses maîtresses. Il fait pipi au lit, joue au dictateur avec les petits, spécialement avec les filles, et va vite découvrir qu’il est différent des autres petits garçons. Au lieu d’obéir aux adultes qui tentent de lui formater l’esprit et entendent inculquer aux enfants le même comportement, Qiang fait de ses années d’orphelinat un moment d’apprentissage d’une rébellion à contre-courant. Connu pour le réalisme urbain de ses films, Zhang Yuan, producteur et réalisateur de renommée internationale, est une des voix les plus représentatives du Cinéma chinois. Son dernier film, Seventeen years, qui battait déjà pavillon italien avec Marco Müller comme producteur, a obtenu, malgré mille difficultés avec la censure chinoise, le Lion d’Argent au Festival de Venise en 1999.
ZHANG YUAN – LE REALISATEUR
Connu pour le réalisme urbain de ses films, Zhang Yuan, producteur et réalisateur de renommée internationale, est une des voix les plus représentatives du Cinéma chinois. Il naît à Nankin, en 1963. Après des études d’Arts plastiques, il obtient en 1989 un diplôme universitaire de Cinéma à l’Académie du Cinéma de Pékin. En 1990, Zhang Yuan produit et réalise, pour le Centre cinématographique de Xi’an, Mama, son premier long-métrage. Ce film fort, qui raconte l’histoire d’une fille-mère qui élève son enfant handicapé mental dans le Pékin contemporain, lui vaut de gagner le Prix du public au Festival de Nantes. La version intégrale remontée du film fut présenté à la 62ème édition de la Mostra de Venise. Son second court-métrage, Beijing bastards, a été le premier film vraiment tourné de manière « indépendante » en Chine depuis la création de la République populaire en 1949. Financé par United Colors Communication (Benetton) à travers la Fondation Montecinemaverità (créée et dirigée par Marco Müller), Beijing bastards fut achevé en 1992 et dresse un portrait de la jeunesse chinoise contemporaine en révolte et en proie à l’angoisse existentielle. Le film a obtenu une Mention spéciale au Festival de Locarno et le Prix du Jury au Festival de Singapour. En 1994, Zhang Yuan produit, tourne et dirige The square, long-métrage documentaire sur les différentes façons dont fut utilisée la Place Tien Anmen. Le film fut présenté en première mondiale au Festival de Locarno). L’année suivante, il revient à la fiction avec la production et la mise en scène de Sons, l’histoire d’une famille brisée par l’alcoolisme et la folie du père. Sons gagna le Premier Prix du Coucours du Tigre au Festival de Rotterdam. Zhang Yuan a également collaboré avec MTV comme producteur et réalisateur. Wild in the wind, son vidéo-clip réalisé pour Cui Jian, légende du rock chinois, a gagné en 1991 une mention spéciale aux Golden Gate Awards de San Francisco. Il a aussi écrit les textes et dirigé un vidéo-clip pour le recueil de chansons chinoises de la chanteuse pop italienne Patti Pravo. En 1996, Zhang Yuan dirige son quatrième long-métrage de fiction, le controversé East Palace West Palace, drame psychologique centré sur l’interrogatoire d’un homosexuel par un policier pékinois. Après le succès de sa présentation au Festival de Cannes, Zhang Yuan en a aussi assuré l’adaptation au Théâtre, donnant ainsi à sa carrière un nouveau tournant. La pièce fut représentée en France, en Italie et au Brésil. Deux ans plus tard, il réalise Crazy english, long-métrage documentaire, mais aussi film musical et ironique sur la psychologie de masse du fascisme chinois. Le film, très spectaculaire, a été le premier documentaire projeté sur la grande place du Festival de Locarno, devant 9000 spectateurs en délire. Toujours en 1999, Zhang Yuan tourne Seventeen years. A travers le destin exemplaire de deux demi-sœurs dans le Pékin contemporain, le film illustre les changements spectaculaires de la Chine des années 80. Co-produit par Marco Müller pour Fabbrica Cinema, il a concouru à la Mostra de Venise sous bannière italienne, le film n’ayant pu obtenir des autorités chinoises le visa d’exploitation qui fut concédé seulement quelques temps plus tard à cause des critiques émises par la Censure. Pour ce film, Zhang Yuan obtint le Lion d’argent – Grand Prix de la Mise en scène. En 1994, la revue Time a cité Zhang Yuan parmi les cent jeunes dans le monde qui s’imposeront au cours du nouveau millénaire. En avril 2004, le Far East Festival d’Udine lui a consacré une importante rétrospective.
ENTRETIEN AVEC ZHANG YUAN
Les petites fleurs rouges est tiré du roman semi-autobiographique Kanshangqu hen mei (Could be beautiful) de l’écrivain chinois Wang Shuo. Qu’est ce qui vous a intéressé dans cette histoire ? J’ai préparé ce film pendant six ans. Wang Shuo m’a donné un exemplaire de son roman avant que je débute le montage de Seventeen years et j’ai commencé à le lire pour la première fois en 1999, pendant que j’étais en post-production en Italie. Alors que j’étais à la moitié du livre, je regardai un dessin-animé dont le titre était Le petit éléphant volant avec ma fille Yuanyuan et j’ai remarqué qu’elle était émue à chaque fois qu’elle voyait le petit éléphant embrasser sa mère. A ce moment précis, j’ai réalisé que dès leur plus jeune âge (ma fille n’avait que deux ans) les enfants ont une « âme » déjà bien existante complétée par une série d’émotions. En outre, j’ai été étonné de la capacité de Wang Shuo à se remémorer aussi son propre passé. Je cherche à faire la même chose mais les souvenirs de mon enfance sont souvent fragmentaires et incomplets. Faire ce film est donc devenu un effort pour récupérer et me rappeler ma propre enfance.
Quelle a été votre expérience personnelle de l’orphelinat ? Vous y êtes vous trouvé bien ou étiez-vous un enfant rebelle comme le petit Qiang ? Quand j’étais petit, j’étais comme Qiang. J’étais souvent malade et, du coup, je ne pouvais pas me joindre aux autres enfants lorsqu’ils jouaient ensemble. Je ne pouvais pas faire partie du groupe. En tout cas, une fois rentré d’Italie, j’ai commencé à travailler avec Wang Shuo et Ning Dai sur le scénario. Nous avons eu quelques difficultés pour trouver un fil conducteur pour raconter l’histoire, mais, à la fin, lors de la dernière année de préparation, j’ai trouvé la solution.
Quel en a été l’élément déclencheur ? Au début, je m’efforçais de trouver un point de vue, une perspective du point de vue des enfants pour raconter l’histoire. Mais ça s’est révélé extrêmement difficile. A la fin, lors de la dernière année, j’ai réalisé que l’unique façon de bien développer ce film était de présenter les choses de mon propre point de vue, celui du réalisateur. J’ai conçu ce long-métrage comme un dessin animé interprété par des personnes réelles. C’est une parabole non réaliste bien qu’ayant quelque chose de réel. L’idée de faire le film a puisé son énergie et a pu se concrétiser grâce aux petits acteurs. Le film s’est orienté vers ce qui excitait le plus ces « lilliputiens ».
Les petites fleurs rouges ne semble pas correspondre aux critères traditionnels des films chinois sur les enfants. Est-ce intentionnel ? Dans le passé, dans tous les films chinois, les enfants étaient traités comme l’étaient les adultes. J’espère que mon travail rendra justice à la vraie réalité de la vie des enfants. A vrai dire, ce film n’est pas le premier que je fais sur l’enfance. Au début de ma carrière, j’ai réalisé Mama qui racontait l’histoire d’un enfant de 11 ans. J’y ai d’ailleurs glissé un hommage à Zéro de conduite, lorsque le garçon arrache les plumes de son oreiller. La période et le lieu dans lesquels se déroule l’histoire ne sont pas précisés, bien qu’il soit possible d’identifier le cadre urbain du Pékin des années 50, époque durant laquelle Wang Shuo était lui-même un enfant. J’aime cette absence d’explication inhérente aux fables. J’ai pu observer comment les enfants des orphelinats d’aujourd’hui ne sont pas si différents de ceux d’alors. La plupart des psychologues décrivent la période autour de 3 ans comme un moment critique pour la socialisation. C’est pour cela que j’ai choisi de raconter une histoire sur les enfants au moment où leur personnalité se forge et où ils commencent à se déterminer comme individus par rapport à la société. Nous, les adultes, croyons que l’enfance est une période heureuse. Mais en travaillant sur ce film, j’ai découvert que cette étape de la vie n’est pas ce que les gens imaginent traditionnellement. La vie des enfants est beaucoup plus compliquée et leurs espérances, leurs illusions et spécialement, leur mélancolie, sont comparables à celle des adultes. C’est une phase délicate qui a des répercussions sur le reste de leur vie.
A première vue, ce film semble traiter des problèmes de pouvoir et de discipline qui gouvernent l’enfance. Je m’intéresse beaucoup aux dynamiques de pouvoir : comment le pouvoir façonne les personnalités et définit les caractères. La liberté contre le pouvoir, l’individu contre la masse, toutes ces problématiques m’intéressent. Une histoire sur la prime enfance nous invite à voir comment se forment les relations de pouvoir véritablement dès leur genèse.
Racontez-nous comment vous avez recruté les enfants qui jouent dans Les petites fleurs rouges. Notre équipe a parcouru Pékin pendant 4 ou 5 mois. On avait mis des annonces dans les journaux et nous sommes allés dans les orphelinats les plus importants de la ville. On a fait faire des essais à plus 20 000 enfants. Cela a été un travail assez laborieux et trouver le bon enfant pour incarner Qiang a été la chose la plus difficile. En tout cas, ça l’a été jusqu’à ce que nous trouvions Dong Bowen, qui avait 5 ans et ressemblait vraiment à Wang Shuo, l’auteur du livre. Ce fut quelque chose de vraiment magique. Au moment où je l’ai remarqué parmi les autres enfants, j’ai su qu’il était le garçon que je cherchais. Evidemment, Bowen n’avait aucune expérience du jeu d’acteur. Mais quand j’ai croisé son regard, j’ai eu la certitude que le rôle de Qiang ne pouvait que lui convenir à merveille : son regard touche les gens. Lorsque l’on a fait les essais, Dong avait une façon de marcher et de placer ses bras et ses jambes qui était à la fois drôle et très sérieux. Mais c’est son sérieux qui a attiré mon attention. Comment avez-vous réussi à gérer les besoins des enfants durant 80 jours de tournage ? On a improvisé un orphelinat virtuel. Nous avons dû tout organiser, tout prévoir : où les enfants dormiraient, quel type de nourriture ils mangeraient. Nos assistants réalisateurs ont travaillé avec les enfants et les enseignants de l’orphelinat : ces derniers étaient responsables de l’alimentation, des soins et autres attentions portées aux enfants.
La petite co-protagoniste de Dong Bowen, Nanyan, est interprétée par votre fille. Comment s’est passé votre travail avec elle ? C’est une expérience intéressante que d’observer sa fille à travers une perspective différente, sur un moniteur. C’est sûr qu’il y a des moments où elle m’a surprise. En réalité, c’est grâce à elle que j’ai été capable de tourner un film avec de si jeunes personnages. Quand je l’ai vu jouer avec succès dans un téléfilm que j’avais moi-même réalisé, ce fut pour moi évident que Yuanyuan était capable de jouer. Mais j’ai en même temps réalisé combien elle pouvait être différente sur l’écran et dans la vie réelle.
Qu’est ce qui vous a le plus plu dans le fait de travailler avec Dong Bowen et les autres enfants ? Travailler avec des enfants est la chose la plus difficile. C’est encore plus difficile qu’avec le plus têtu des acteurs adultes. L’éthique professionnelle n’a pas de signification pour les enfants. Au contraire, vous devez être capable de créer une atmosphère de jeu : s’ils s’amusent, ils travaillent. Prenons par exemple la scène où Dong Bowen insulte Mademoiselle Tang. Il a vraiment fini par prendre goût à le faire. Peu importe combien de fois on lui demande de le faire, il le fait. Bowen est lui-même un personnage, à bien des égards, avec des réactions complexes et variées. Une autre anecdote : l’assistant réalisateur devait trouver un moyen de le faire pleurer dans une scène. Il lui a dit : « Tu ne retourneras pas à la maison pendant 2 mois. Tu ne verras plus tes parents tant que tu ne comporteras pas comme il faut ! ». La ruse a fonctionnée et Bowen a commencé à pleurer. Mais, par la suite, le truc ne fut plus aussi efficace parce qu’il en avait compris le fonctionnement. Au contraire, lorsque Bowen était sur le point de pleurer mais n’arrivait pas, il suggérait à l’assistant : « Pourquoi ne me dis-tu pas que tu vas me retenir pendant 4 ou 6 mois ? ». Voilà les aspects de la psychologie des enfants que j’ai trouvé le plus intéressant.
Entretien réalisé par Shelly Kraicer
NING DAI – SCENARISTE
Ning Dai est diplômée de l’Académie du Cinéma de Pékin. Collaborant depuis longtemps avec Zhang Yuan, elle a écrit les scénarios de ses derniers films, Sons et Seventeen years. Elle a également travaillé pour le réalisateur Ning Ying sur For fun (1993) et I love Beijing (2001).
MARCO MÜLLER – PRODUCTEUR
Après deux ans d’études universitaires en Chine, Marco Müller poursuit ses recherches en Anthropologie et en Cinéma, tout en enseignant, en écrivant et en réalisant des documentaires pour la télévision. Il publie également des études et des livres sur le Cinéma. On peut définir Marco Müller comme le plus atypique des producteurs et créateurs de festivals de sa génération. Il a été directeur du festival Ombres électriques de Turin (1981), de Pesaro (de 1982 à 1989), de Rotterdam (de 1989 à 1991), de Locarno (de 1991 à 2000) et aujourd’hui de la Mostra de Venise (de 2004 à 2006). Avant de devenir producteur, Marco Müller a en outre apporté un soutien fondamental pour les projets cinématographiques internationaux les plus audacieux, de la création et la direction du Hubert Bals Fund de Rotterdam et de la Fondazione Montecinemaverità de Locarno-Lugano à celle de Fabrica Cinema. Pour cette dernière, d’abord, puis pour la Downtown Pictures, il a produit 11 long-métrages qui ont été primés à de nombreuses reprises et plébiscités par la critique internationale parmi lesquels : Seventeen years de Zhang Yuan (1999), Le tableau noir de Samir Makhmalabaf (2000), No man’s land de Danis Tanovic (2001), Il voto è segreto et Face addict d’Edo Bertoglio (2005) et Le soleil d’Alexandre Sokourov.
YANG TAO – DIRECTEUR DE LA PHOTOGRAPHIE
Après avoir travaillé comme chef opérateur sur une trentaine de long-métrages depuis 1980, Yang Tao a fondé sa propre maison de production en 1985 et a produit puis tourné plus de 150 clips et spots publicitaires. Son travail pour le Cinéma inclut des collaborations avec Wang Xiaoshuai sur China man (1992) et So close to Paradise (1999), Stanley Kwan sur Lan Yu (2001), Jiang Xiaozhen sur X-roads (2001), Zhang Yibai sur About love (2004) et Xie Dong sur Summer with you (2005).
HUO TINXIAO – CHEF DECORATEUR
Huo Tinxiao est le chef décorateur des derniers films de Zhang Yimou : Hero (2002) et Le secret des poignards volants (2004) pour lequel il a obtenu le Coq d’or et le Prix des meilleurs décors du US National Board of Review. Diplômé de l’Académie du Cinéma de Pékin en 1991, il travaille ensuite en étroite collaboration avec Chen Kaige pour qui il signe les décors d’Adieu ma concubine (1993) et L’empereur et l’assassin (1998). En 1993, il gagne son premier Coq d’or pour Red firecracker Green firecracker de He Ping.
JACOPO QUADRI – CHEF MONTEUR
Les petites fleurs rouges est la seconde collaboration de Zhang Yuan avec le monteur italien après Seventeen years (1999) qui a remporté le Prix de la mise en scène à la Mostra de Venise. Quadri a signé le montage de nombreux films prestigieux parmi lesquels Shanduraï (1998) et Innocents – The dreamers (2003) de Bernardo Bertolucci, Paz ! de Renato De Maria (2001), L’odeur du sang de Mario Martone (2004) et Tropical malady du réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul (2004).
CARLO CRIVELLI - COMPOSITEUR
Compositeur italien reconnu, Carlo Crivelli a écrit la musique de beaucoup de films de Marco Bellocchio dont Le diable au corps (1986), La sorcière (1988), Autour du désir (1991), Le rêve du papillon (1994) et La nourrice (1998). Il est également l’auteur de la musique des Affinités électives des frères Taviani, de Marie Baie des anges de Manuel Pradal, Un viaggio chiamato amore de Michele Placido (2002) et La spectatrice de Paolo Franco (2003).
**
A propos de Wang Shuo
Pratiquement inconnu en Occident, WANG Shuo est une figure de la culture populaire en Chine. Né en 1958 dans une famille de militaires, il a grandi et vit toujours à Pékin. En 1976 - l’année de la mort de Mao Zedong - Wang Shuo quitte le lycée pour s’engager dans la Marine. Il publie son premier texte L’Attente/Dengdai dans une revue littéraire en 1978. Tout en cumulant des petits boulots, il s’exerce à l’écriture. En 1984 paraît son premier roman L’Hôtesse de l’air/Kongzhong xiaojie. Il décide alors de devenir écrivain à plein temps. Le succès sera très vite au rendez-vous. Avec la politique de l’ouverture prônée par Deng Xiaoping, on assiste au début des années 1980 à une remontée vers le jour de la littérature chinoise après trois décennies de silence. Mais alors que les autres écrivains évoquent les blessures de l’histoire récente, Wang Shuo, lui, décide d’emprunter une toute autre voie. Il a compris que le public a besoin de se divertir après des années de propagande maoïste : son créneau sera la littérature populaire, faite pour distraire le lecteur. Romans ou nouvelles, les récits de Wang Shuo ont pour cadre la grande ville. Ses personnages sont des gens issus du petit peuple, avec leurs travers mais aussi leurs maigres qualités. Oisifs, voyous ou combinards, ils vivent des aventures tragi-comiques, s’expriment le plus souvent en argot pékinois, se comportent mal, agacent les autorités, ne respectent guère les traditions, goûtent à l’amour libre, recherchent les satisfactions individuelles. L’humour, la verve de l’auteur, son ton provocant et désinvolte, sa description du mode de vie underground de certains jeunes plaisent immédiatement aux lecteurs des villes. Les livres de Wang Shuo seront très vite tirés à des millions d’exemplaires. Il devient alors un véritable phénomène de société. Toutefois, le milieu universitaire et celui des écrivains dits sérieux le tiennent à l’écart. Son œuvre est qualifiée de « littérature de voyous » ou de « littérature fast-food », où la qualité de l’écriture n’est pas le critère principal. Certains linguistes reconnaissent néanmoins que la prose de Wang Shuo constitue un riche matériau pour l’étude de la langue parlée en Chine. Les autorités considèrent les livres de Wang Shuo comme une « pollution intellectuelle », mais n’interdisent pas leur publication tant que leur auteur ne s’attaque pas frontalement au régime. Souvent adaptés par Wang Shuo lui-même, nombre de ses récits ont été portés à l’écran, comme The Troubleshooters/Wan zhu de Mi Jiashan au cinéma (1988) ou Les Chroniques du comité de la rédaction/Bianjibu de gushi (1992) à la télévision. Ces comédies qui montrent sous un jour peu flatteur une réalité sociale que l’imagerie officielle s’efforce d’ignorer ont été d’énormes succès publics. Elles ont aussi permis à certains auteurs et acteurs comme Feng Xiaogang (The Banquet, 2006) et Ge You (Vivre ! 1994) de s’affirmer. En 1994, le comédien Jiang Wen (Le Sorgho rouge,1986) décide de passer à la réalisation en adaptant l’une des œuvres les plus personnelles de Wang Shuo, Des Animaux féroces/Dongwu xiongmeng. Devenu à l’écran In the Heat of the Sun/Yangguang canlan de rizi, l’histoire est en réalité celle de l’adolescence rebelle de l’auteur dans la Chine du début des années 1970. Ce film magnifique, portrait d’une génération à la fois âpre, drôle et nostalgique, a permis à Jiang Wen de devenir l’un des cinéastes chinois les plus prometteurs. En 2000, alors que Jiang Wen est acclamé à Cannes pour son deuxième film Les Démons à ma porte, Wang Shuo remporte le Léopard d’or au Festival de Locarno avec sa première réalisation Father/Baba, adapté de son propre roman Je suis ton papa/Wo shi ni baba. Cette satire politico-familiale dont le tournage s’est étalé entre 1996 et 2000 narre les relations difficiles entre un garçon et son père – thème cher à l’auteur. Sa critique mordante des institutions lui a valu une interdiction de diffusion en Chine pour huit ans. En 1999, Wang Shuo revient au roman avec Comme ça semble beau/Kan shang qu hen mei, qui évoque en fait sa propre petite enfance. Il confie son adaptation à l’écran à Zhang Yuan (Les Bâtards de Pékin, 1993), le trublion du cinéma chinois. Les deux hommes ont auparavant travaillé ensemble sur I Love You/Wo ai ni (2003). Renommé Les Petites fleurs rouges/Xiao hong hua (2005), ce film forme avec In the Heat of the Sun une sorte de diptyque. On y découvre un autre Wang Shuo, plus sensible, qui se souvient avec tendresse et lucidité de ses années de formation, des blessures, des premiers émois, de l’insouciance de sa jeunesse, sans occulter l’arrière-plan politique de l’époque – Les Petites fleurs rouges se terminent ainsi par les premiers bruits de la Révolution culturelle. Ces deux films sont aussi, de l’avis des spécialistes, les deux adaptations d’œuvres de Wang Shuo les plus réussies à ce jour. Notons que le jeune comédien (Dong Bowen) des Petites fleurs rouges ressemble beaucoup à Wang Shuo. Pour expliquer son attitude et sa façon d’écrire, Wang Shuo aime à dire que c’est là le fruit d’une enfance abandonnée, manquant d’affection et d’éducation. On peut avoir une certaine idée de sa personnalité en voyant ces deux films. En Chine, Wang Shuo est aussi connu comme polémiste. Décidément rétif à tout ordre établi, se disant anti-intellectuel, il s’amuse à déboulonner les grandes figures passées et présentes de la scène littéraire chinoise, comme Lu Xun ou Jin Yong (auteur à succès de romans de cape et d’épée). Il s’attaque aussi à certains cinéastes qu’il accuse de trahison idéologique et… d’inculture. Parmi ses cibles, il y a Chen Kaige, Zhang Yimou et Feng Xiaogang, un ami d’hier. Son éloquence, ses apparitions fréquentes dans les médias et ses déclarations à l’emporte-pièce font de Wang Shuo un personnage public adulé ou détesté. Avec franchise, il se reconnaît comme un écrivain qui publie pour gagner de l’argent et n’a que faire des subtilités de l’écriture ou des visées honorables de la littérature. L’auteur de Ignorant et intrépide/Wuzhi zhe wuwei est considéré comme le «père» d’une nouvelle génération d’écrivains chinois urbains, hédonistes et désenchantés. Quelques unes de ses œuvres ont été traduites en français, dont Feu et glace (éditions Philippe Picquier, 1995) et Vous êtes formidable (éditions l’Âge d’homme, 1999). On peut aussi trouver une adaptation en BD des Animaux féroces par Song Yang, parue en français aux éditions Xiao Pan sous le titre de Wild Animals (2006).
(extraits du dossier de presse du film)
Pp
--------------------
Je n'ai pas su sourire / A tel ou tel attrait / J'étais seul sur les routes /Sans dire ni oui ni non/Mon âme s'est dissoute/Poussière était mon nom... (C. Trenet, La folle complainte)
|