| P'tit Panda |
|

Bientot dans Rush Hour 6
      
Groupe : Modérateurs
Messages : 14590
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon

|
«Still Life», la vie sauvée des eaux En plein chantier du barrage des Trois Gorges, Jia Zhang Ke libère les destins individuels. Par Didier PERON QUOTIDIEN : mercredi 2 mai 2007 Still Life de Jia Zhang Ke avec Han Sanming, Zhao Tao... 1 h 48. Couronné du Lion d'or au dernier festival de Venise, Still Life constitue dans l'oeuvre du jeune mais considérable Jia Zhang Ke une incursion dans une partie de la Chine qu'il ne connaissait pas, le Sud, dans la ville de Fengjie, au bord du fleuve Xi jiang. Fengjie fait partie des villes anciennes que le gigantesque barrage des Trois Gorges a vouées à la disparition par engloutissement. Ce chantier pharaonique, qui implique des déplacements massifs de population et la disparition de sites archéologiques, ne pouvait qu'attirer l'oeil du cinéaste qui a toujours lié ses fictions à des lieux particuliers, dérives dans les mines de la Mongolie intérieure dans Platform ou encore incroyable parc à thème touristique dans The World. On entre dans le film sur les pas de Han Sanming, un mineur qui n'était pas revenu au bercail depuis plus de quinze ans. Evidemment, il ne reconnaît rien. La ville est déjà partiellement sous l'eau et les parties immergées sont démolies par des ouvriers mal payés. Parfois, des jeunes en mal de boulot se font embaucher pour casser la gueule des proprios qui ne veulent pas déguerpir. Le progrès, le «bonheur» à portée de main promis par la modernité, peut-être bien, mais, à l'image, ça ne le fait pas du tout. Sous une écrasante chaleur, le personnage est comme un comédien qui refuse de comprendre que la pièce est terminée et qu'on démonte le décor pour tout jeter à la poubelle. Han recherche la femme qu'il a achetée une dizaine d'années plus tôt et dont il a une fille qu'il n'a jamais vue. Un deuxième personnage, une infirmière, Shen Hong, qui cherche son mari afin de divorcer, croise Han dans une même quête solitaire et hébétée. Tourné en numérique dans la foulée de Dong , un documentaire sur le peintre Liu Xiao-dong venu à Fengjie pour faire le portrait d'ouvriers bossant sur le chantier du barrage, Still Life relève à la fois du tract de protestation politique dénonçant la brutalité faite à une population déjà laminée par la pauvreté et d'une méditation lumineuse sur le devenir et la persévérance. Mais les deux personnages principaux dessinent aussi une autre manière de se tirer d'affaire, non plus dans la résignation face à des coups du sort dictés par de mystérieuses puissances bureaucratiques, mais en faisant clairement la part entre ce qu'ils veulent et ce qu'ils refusent. Le cinéaste entend utiliser son art pour lui-même et les contemporains qui sauront le voir et l'entendre comme un instrument de connaissance et de libération. http://www.liberation.fr/culture/cinema/251155.FR.php© Libération * A l'affiche Jia Zhang Ke raconte les conditions de tournage de «Still Life» et la transformation en accéléré de son pays : «La Chine vit sous le signe du surréalisme» Par Didier PERON QUOTIDIEN : mercredi 2 mai 2007 Depuis Xiao Wu, artisan pickpocket en 1997, Jia Zhang Ke s'est imposé comme le plus talentueux des cinéastes de la nouvelle génération chinoise. Né dans une ville de province, il a grandi dans les années 80, à une époque où enflaient des mouvements littéraires et philosophiques de contestation qui devaient aboutir aux manifestations de Tienanmen. Sa filmographie est une description de son pays comme le lieu d'une irréalité grandissante. Que connaissiez-vous de la Chine du Sud ? Pas grand-chose. Je suis originaire d'une province du Nord et le Sud était une région inconnue et lointaine pour moi. Avec l'équipe, nous avons pris un bateau pour remonter le fleuve jusqu'au Trois-Gorges et nous avons traversé des paysages de falaises, d'eau et de nuages. On était en pleine peinture ou poésie traditionnelles chinoises, une tranquillité et un calme absolus et, en arrivant à Fengjie, tous les éléments sensoriels de la modernité nous ont assaillis. La ville a été abandonnée par les planifications à partir de 1949 et la pauvreté y était encore plus forte que celle que j'avais connue partout ailleurs. Le supplice du dépeçage d'une ville vieille de plus de 2 000 ans me paraissait exemplaire de ce qui se passe en Chine : la destruction des traces du passé. Il fallait tourner vite parce que la réalité physique des lieux changeait si rapidement qu'on pouvait perdre un décor en quelques jours. Pourquoi utiliser des éléments de science-fiction avec un ovni qui traverse le ciel, un immeuble qui décolle comme une fusée ? En dehors de la cruauté de la situation et de toutes les impressions que je pouvais éprouver dans cet endroit dominait un sentiment de totale absurdité. En me promenant seul au bord du fleuve, je pouvais me dire qu'une soucoupe volante était peut-être en train de m'observer, et j'ai pensé que, depuis l'ouverture de la Chine et les réformes de Deng Xiao Ping, tout le monde a à la bouche le mot «bonheur», mais ce bonheur prétendument à portée de main ressemble surtout à une soucoupe volante qui n'aurait jamais choisi de se poser chez nous. Le pays vit sous le signe du surréalisme permanent, et je me dis souvent que nous ne comprenons pas ce qui nous arrive. Comment se passent vos relations avec le bureau du cinéma chargé de la censure ? Le système de censure a changé. Avant le tournage, on doit soumettre un synopsis de 1 500 caractères chinois et c'était facile pour moi d'en rédiger un qui parle d'une belle histoire d'amour. En revanche, sur place, le gouvernement a envoyé trois personnes qui nous ont suivis au début du tournage. C'était tendu, mais, à partir du moment où nous sommes entrés dans les décombres des immeubles, il faisait tellement chaud, les conditions étaient si peu agréables, qu'ils ont fini par partir. Débat-on, en Chine, des problèmes liés à cette métamorphose ultrarapide du pays ? Le film a été présenté en Chine le 14 décembre. Il a suscité une forte polémique, notamment sur le développement du pays : est-ce qu'il ne serait pas possible de le faire de manière plus démocratique ? Un autre débat est né sur ce nouveau cinéma qui montre la réalité contemporaine et la place qu'il occupe dans la culture nationale. Comment faire pour que le public ait le choix du type de film qu'il peut voir sur les écrans. Pour cela, nous avons choisi de sortir le film le même jour que la sortie de la Cité interdite de Zhang Yimou, ce qui était suicidaire commercialement, mais qui était lourd de sens à nos yeux. Avez-vous des discussions avec des cinéastes de la génération précédente ? On a trouvé un moyen de discuter à travers des débats acharnés par presse interposée. Après la première des deux films, il y a eu une polémique médiatique très importante, j'ai commencé un dialogue virulent avec le producteur de la Cité interdite en remettant en question la manière superficielle dont Zhang Yimou traitait du passé, de l'Empire. Dans la Cité , il montre que, ce que l'empereur décide de te donner, tu dois le prendre, mais ce qu'il refuse, tu n'as pas le droit de le demander ! Dans son film précédent, Hero , il fallait renoncer à toute expression de révolte ou de mécontentement. Je ne vois pas dans ces films commerciaux un danger, mais le type de message qu'ils véhiculent en ce moment me déplaît. Quels problèmes voyez-vous émerger dans cette transformation de la Chine en géant capitaliste ? Nous sommes héritiers des réflexes des systèmes planifiés et dirigistes, l'individualité n'est pas prise en compte ou pas respectée. Mais l'irruption du libéralisme ouvre des espaces de liberté, chacun peut se débrouiller en dehors du système étatique, comme je l'ai fait pour mes films, sans demander de comptes à personne. En même temps, on voit l'apparition d'un nouveau fascisme, un nationalisme extrême pour qui les forts, les puissants et les riches ont forcément raison. Ce n'est pas juste une idéologie qui a pénétré une partie du pouvoir en place, c'est aussi la mentalité dominante du monde des affaires et des nouvelles classes nanties. Il faut donc rester très vigilant. http://www.liberation.fr/culture/cinema/251154.FR.php© Libération
--------------------
其实人在小时候就已经养成看待世俗的眼光,只是你并不自知。(侯孝贤)
|
|
|
| P'tit Panda |
|

Bientot dans Rush Hour 6
      
Groupe : Modérateurs
Messages : 14590
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon

|
Comment se reconstruire dans une Chine qui démolit son passé ? Une quête âpre et poétique. C’est en 1999 qu’on découvrait Xiao Wu, artisan pickpocket, premier film, à la beauté âpre, de Jia Zhang Ke. L’inconnu d’alors a depuis fait du chemin et le Lion d’or remporté à Venise pour son nouvel opus est venu confirmer la place essentielle qu’occupe aujourd’hui ce jeune cinéaste chinois de 37 ans. Jia Zhang Ke est peut-être l’un des derniers à faire le lien entre jeunes et anciens, à incarner à la fois un avenir du cinéma et un héritage. Lui qui peut s’amuser comme un môme avec le numérique – on voit dans Still Life un immeuble décoller comme une fusée ! – sans rompre pour autant avec une tradition remontant au néoréalisme. On pense en effet au cinéma italien d’antan en découvrant le trapu et renfermé San Ming, ouvrier en marcel blanc qui débarque dans la vallée des Trois-Gorges, en amont de ce qui promet d’être le plus grand barrage hydroélectrique du monde. Voilà seize ans qu’il a quitté sa femme et sa fille et il vient ici pour les retrouver. Au débarcadère, quelqu’un l’emmène à moto et à l’adresse indiquée pointe un monticule de terre qui dépasse du fleuve : « C’est ici. » Quartiers engloutis, populations déplacées, sites abandonnés, voilà ce que le barrage produit pour le moment. Jia Zhang Ke montre un paysage de désolation, une région dévastée. Il n’y a plus grand monde dans le coin, sinon les ouvriers recrutés pour détruire les vieux bâtiments restants. En attente de renseignements plus précis sur sa famille, San Ming s’installe et empoigne à son tour la masse pour démolir des murs. Au même moment, une jeune femme, la belle Shen Hong (Zhao Tao, actrice fétiche du réalisateur), arrive elle aussi dans cette ville en ruine pour retrouver son mari, un homme d’affaires qui s’est volatilisé. Elle ne croisera jamais San Ming, sinon furtivement. Leur quête se fait en parallèle et dit une même tentative de reconstruction individuelle. Car chez ces deux-là, quelque chose s’est brisé. Recoller les morceaux pour San Ming ou rompre définitivement pour Shen Hong, voilà ce que le présent leur offre de mieux. Entre ces personnages au milieu de leur existence et le décor incertain fait de décombres, un jeu de correspondances s’établit. Il s’agit aussi d’une confrontation entre deux mondes politiques (communiste et capitaliste), entre tradition millénaire et futur de haute technologie. Cette série de dualités a ceci de fertile qu’elle est toujours synonyme de relation poétique et non d’opposition. Jia Zhang Ke transforme le moindre passage – un pont qui s’illumine soudain, un funambule entre deux immeubles – en moment de suspense. On est bien ici dans un entre-deux. Sur une vaste zone de transformation qui tient du champ de bataille chaotique, laissant pas mal de gens sur le carreau. Entre les habitants réduits à la misère parce que non indemnisés et les nombreux ouvriers accidentés, Still Life exhale un parfum de mélancolie funeste, soutenu par la brume tenace et la pluie. Dans cet univers de débâcle et d’éboulement perce néanmoins quelque chose qui ressemble à de l’espoir, matérialisé dans un plan superbe. Surplombant la ville, dans une pièce aux murs éventrés, San Ming et son épouse retrouvée s’embrassent et aussitôt un immeuble s’effrondre au loin. Preuve que l’amour a encore des forces.
Jacques Morice Télérama n° 2990 - 5 Mai 2007
--------------------
其实人在小时候就已经养成看待世俗的眼光,只是你并不自知。(侯孝贤)
|
|
|
| P'tit Panda |
|

Bientot dans Rush Hour 6
      
Groupe : Modérateurs
Messages : 14590
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon

|
(IMG: http://medias.lefigaro.fr/photos/20070502.FIG000000140_21721_1.jpg) Dans un paysage de fin du monde, une balade désanchantée où le réalisateur porte ses espérances sur les femmes. Une sereine révolte DOMINIQUE BORDE. Publié le 02 mai 2007 Actualisé le 02 mai 2007 : 10h23 Dans la vallée des Trois-Gorges, là où se construit le plus grand barrage du monde, un homme part à la recherche de son passé et fait des rencontres, entre désarroi et nostalgie. C'est à la fois un constat écologique comme un cri d'alarme sur la construction d'un barrage qui a déplacé un million et demi d'habitants et rayé de la carte une centaine de villes, et une parabole sur le temps qui détruit les êtres, balaie les sentiments et change les destins. Si bien que le film du Chinois Jia Zhang Ke prend une double dimension : naturaliste dans ce qu'elle montre d'un paysage modifié et d'une ville en chantier, et métaphorique avec ces êtres en quête de l'autre et finalement d'eux-mêmes.Puis, au milieu de ce bouleversement, il montre combien l'environnement peut influer sur les individus, et combien l'éternel combat de la tradition incarnée par les hommes peut faire un fragile rempart à la modernité représentée par les femmes. Si bien que son film, longue balade désenchantée dans un paysage de fin du monde, devient aussi le portrait symbolique de la Chine d'aujourd'hui en pleine mutation, entre hier et demain. Image d'un univers qui sera englouti pour laisser place à un autre et à d'autres valeurs. À travers la vie quotidienne, comme dans cette recherche sentimentale égarée dans un paradis perdu, c'est tout un pays qui se reflète, éclaté et instable avec ses individus floués ou en instance. Même un peu lente et paresseuse, cette balade avec la vie et la mort qui mêle métaphore et naturalisme a quelque chose de prenant dans ses paradoxes et sa sereine révolte. * Les métamorphoses de la Chine BRIGITTE BAUDIN. Publié le 02 mai 2007 Actualisé le 02 mai 2007 : 10h24 Lion d'or au dernier Festival de Venise, le réalisateur Jia Zhang-Ke axe son septième film sur une Chine en pleine mutation. ANCIEN étudiant en peinture, documentariste, le cinéaste chinois Jia Zhang-Ke (Platform, Plaisirs inconnus, The World) est le témoin tout à la fois attentif et critique de son pays. Still Life, son septième long-métrage de fiction, montre ainsi une Chine écartelée entre modernisme et tradition. Après seize ans d'absence San Ming (Han Sanming), un ouvrier, rentre dans sa région de Fengje, près du barrage des Trois Gorges, pour tenter de retrouver son ex-femme et sa fille. Mais, la ville a disparu de la carte. Sa maison a été engloutie sous les eaux lors de la construction du barrage. Les habitants ont alors dû fuir les lieux. De la même manière, Shen Hong (Zhao Tao) recherche son mari disparu depuis deux ans. « J'ai découvert la région de Trois Gorges, en septembre 2005, précise Jia Zhang-Ke. J'y ai tourné Dong, un documentaire sur Liu Xiaodong, un de mes amis peintres qui réalisait des portraits, des scènes montrant des ouvriers détruisant avec précaution, pour en conserver les briques, des maisons et immeubles qui allaient disparaître sous l'eau. Liu avait eu l'idée de réunir ces hommes sur un vaste matelas symbolisant une espèce d'arche de Noé. C'était touchant ! À l'image aussi de la Chine d'aujourd'hui en pleine métamorphose. C'est la fin d'une ère. Nous vivons une phase de transition. On démolit et l'on reconstruit trop rapidement. Mais sur quoi ? Tout le problème est là. Dans son désir de figurer au rang de grande puissance économique internationale, le gouvernement chinois ne se préoccupe pas des bouleversements psychiques et sociaux, des conflits intérieurs de tout un peuple. L'image de l'homme qui marche en équilibre entre deux immeubles en est la parfaite illustration. Il faut aussi être citadin si on ne veut pas se retrouver marginalisé. Les paysans sont ainsi les premières victimes de cette politique. Ils représentent pourtant la moitié de la population chinoise. » Si Jia Zhang-Ke semble assez pessimiste sur le devenir du monde rural, il met par contre toutes ses espérances dans la gent féminine. « Les femmes sont souvent plus combatives et volontaires que les hommes avoue-t-il en souriant. Elles sont plus motivées pour faire tomber les barrières sociales et aller de l'avant. Je les admire beaucoup pour cela et je mets en elles tous mes espoirs. Il faut en effet prendre son destin en main si l'on veut vivre librement et sans contrainte. » Jia Zhang-Ke reviendra bientôt sur une autre page de l'histoire de la Chine puisqu'il prépare une nouvelle fiction sur la jeunesse au temps de Mao et de la Révolution culturelle. Still Life Drame de Jia Zhang-Ke, avec Han Sanming et Zhao Tao. Durée : 1 h 48. * Le Figaro
--------------------
其实人在小时候就已经养成看待世俗的眼光,只是你并不自知。(侯孝贤)
|
|
|
| P'tit Panda |
|

Bientot dans Rush Hour 6
      
Groupe : Modérateurs
Messages : 14590
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon

|
La critique de TéléCinéObs :
Couronné d`un lion d`or à Venise, « Still Life », de Jia Zhang-ke (« Platform », « The World »), raconte le voyage en Chine d`un homme pour retrouver son ex-femme et sa fille qu`il n`a pas vues depuis seize ans. Arrivé dans la ville de Fengje, que le futur barrage des Trois-Gorges condamne à la disparition, une femme est, elle aussi, en quête d`un amour ancien. Parfois, un mot s`inscrit sur l`écran, à la fois banal et énigmatique, comme une pensée qui affleure et disparaît aussitôt. Mais plus que ces deux histoires qui s`entrecroisent, c`est la vie qui résiste qui est le seul sujet du film et nous éblouit. A travers les chemins parallèles d`un homme et d`une femme, l`histoire actuelle de la Chine s`inscrit sous nos yeux : celle d`un pays nouveau qui va bientôt sortir de terre et a déjà oublié ses anciens habitants, perdus, et peut-être pour cela plus beaux que jamais. La force du film est là : pas dans la nostalgie, mais dans cette sorte d`adieu qui semble aussi, dans le même élan, accueillir une aube nouvelle.Drame chinois. Avec Han Sanming, Zhao Tao. 1h48.
Critique écrite par Philippe Piazzo (TéléCinéObs)
--------------------
其实人在小时候就已经养成看待世俗的眼光,只是你并不自知。(侯孝贤)
|
|
|
| P'tit Panda |
|

Bientot dans Rush Hour 6
      
Groupe : Modérateurs
Messages : 14590
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon

|
Montée des eaux dans la Chine du nouveau siècle
Lion d’or au dernier Festival de Venise, «Still Life» témoigne de la construction du barrage des Trois-Gorges et évoque un peuple au bord de l’engloutissement
Still Life de Jia Zhang Ke Film chinois, 1h48
Fengje, vallée des Trois-Gorges, Chine, en amont du futur plus grand barrage du monde par sa superficie. Un bateau glisse sur l’eau calme, au rythme de la caméra qui balaie le pont, sur toute sa longueur. Le mouvement dévoile un concentré d’humanité laborieuse avant de se poser sur le visage d’un homme scrutant au loin, dans un mélange de crainte et d’espoir, le surgissement du monstre.
San Ming l’ouvrier, que son travail a éloigné de sa famille pendant seize ans, cherche à retrouver son ex-femme et sa fille dans cet incroyable décor d’immeubles de dix étages abattus à coups de masses par une armée de quasi-forçats. Sur l’autre rive, une femme, Shen Hong, est venue rendre visite à son mari qu’elle n’a pas vu depuis deux ans et dire à ce directeur d’usine injoignable qu’elle le quitte.
Le titanesque chantier attire tout ce que la Chine compte de durs à la tâche, mais entretient aussi un petit monde sans foi ni loi, d’une âpreté terrible, sans cesse repoussé par la montée progressive des eaux, inscrite en larges chiffres rouges sur les murs condamnés.
Contraste entre modernité frénétique et archaïsmes Dans cette Chine du XXIe siècle, un autre engloutissement menace l’homme, quantité négligeable face au projet pharaonique. Déraciné, bousculé par la mutation accélérée du pays, l’individu se perd et la famille se disloque. De l’ouvrier au directeur, le téléphone portable maintient un lien aussi fragile qu’illusoire. Le contraste est saisissant entre cette modernité frénétique et la survivance de certains archaïsmes.
Jia Zhang Ke dépeint ce monde étrange avec une attention extrême. Sa caméra suspend le temps au bord de ces rives mouvantes, s’attarde sur la décrépitude des murs et la corrosion des métaux qui renvoient à la déshérence des âmes.
En contrepoint, il filme les peaux à la lueur tremblante d’une flamme et transforme le quotidien trivial d’une chambrée d’ouvriers en moment de fraternité, le temps d’une soirée d’adieu. Ce n’est pas un hasard si la complicité qui unit le cinéaste au peintre Liu Xiadong, qui travaille depuis quelques années auprès des ouvriers des Trois-Gorges, a largement nourri cette belle approche visuelle.
À travers le cheminement de ses deux personnages principaux, en quête de leur passé, le cinéaste ne cesse de s’interroger sur la fuite du temps et ses conséquences sur les êtres. Dans ce paysage d’eau, de montagnes et de brumes, cher à la peinture traditionnelle, une Chine disparaît, une autre la submerge, sans que le destin des humbles en soit plus enviable.
À l’image de cet équilibriste progressant sur un fil tendu entre deux immeubles en ruine, les habitants du pays le plus peuplé de la planète cherchent encore à se situer – mais pour combien de temps ? – entre valeurs traditionnelles et dévorante modernité.
Arnaud SCHWARTZ
la Croix
--------------------
其实人在小时候就已经养成看待世俗的眼光,只是你并不自知。(侯孝贤)
|
|
|
| P'tit Panda |
|

Bientot dans Rush Hour 6
      
Groupe : Modérateurs
Messages : 14590
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon

|
Still Life, voyage dans une Chine engloutie
Par Pierre Haski (Rue89) 00H26 02/05/2007
Les amateurs de cinéma chinois en France sont gâtés en ce moment. Après le très beau film de Lou Ye, Une Jeunesse chinoise, c'est au tour de Still Life (Sanxia Haoren), de Jia Zhangke, Lion d'or au dernier Festival de Venise, de sortir sur les écrans français ce mercredi.
A travers ce film, le réalisateur de Platform et de Plaisirs inconnus continue son exploration d'une Chine en plein bouleversement. Tourné dans les paysages spectaculaires des Trois Gorges, sur le fleuve Yangtsé, Still Life nous plonge dans le monde si humain, mais si deshumanisé également, des populations déraçinées par la construction du barrage géant. "J'ai eu envie de me rapprocher de ceux qui vivent ces bouleversements et d'exprimer mes émotions par le biais de la fiction", déclarait Jia Zhangke dans une interview au Journal du Dimanche. C'est réussi, une émotion froide, qui vous étreint au travers des parcours de personnages attachants, tristes et nostalgiques. Comme cette femme qui cherche son mari dont elle n'a plus de nouvelles depuis des mois, ou cet homme à la recherche de sa femme et de sa fille partis depuis longtemps vers d'autres horizons.
Ce film ne laisse pas indifférent. Il fait réfléchir sur le prix humain, social, environnemental élevé que paye la Chine pour son développement rapide actuel. Il le fait avec le talent de ce cinéaste de 37 ans, l'un des plus talentueux de sa génération, qui, par touches impressionnistes, nous renvoie une image de la Chine qui vient compléter, pas inverser, celle que nous diffuse la Chine officielle.
Un souvenir m'est remonté à la mémoire en voyant ce film. J'étais allé en reportage dans la vallée des Trois Gorges pour Libération à la veille de la montée des eaux, et j'étais tombé sur une maisonnette isolée au milieu des décombres d'un quartier détruit. Une gamine de 12 ans lavait des chaussettes tandis qu'un couple de vieillards se chauffait à l'intérieur. La fillette avait été abandonnée bébé dans les toilettes du quartier, et reccueillie par le couple généreux. Des années après, il faut fuir avant la montée des eaux, mais la fillette est trop petite pour organiser ça, et les vieux bien trop vieux. Les bulldozers sont passés et ont eu pitié d'eux, mais l'eau montera inexorablement et il leur faudra partir.
J'avais pris des photos de cette "Cosette" des Trois Gorges, histoire emblématique à mes yeux de ce qui se jouait dans ce chantier géant, et les avais montrées à une amie chinoise, iconographe dans un magazine pékinois. Sa réaction m'avait sidérée. Elle s'était demandée pourquoi je m'intéressais à cette histoire de gamine, alors que l'important c'était la construction du barrage, ce qu'il allait apporter à la Chine, l'électricité produite, etc. Jia Zhangke m'a rassuré : il s'intéresse, lui aussi, aux "Cosette" des Trois Gorges, qui l'émeuvent et le bouleversent plus que les kilowatts heure et les taux de croissance du PIB. Qu'il en soit remercié.
--------------------
其实人在小时候就已经养成看待世俗的眼光,只是你并不自知。(侯孝贤)
|
|
|
| dao |
|

Acteur de Cat III

Groupe : Membres
Messages : 142
Membre n° : 83
Inscrit le : 24/07/2004
Dragon

|
Bon, histoire de mettre un bémol, j'ai trouvé ça chiant. Je suis pourtant très client du genre. Mais là, il se regarde beaucoup tourner, je trouve. Et il m'a laissé sur le bord du chemin, au passage. Dommage, c'est censé être moi le spectateur... :P
Par contre, comme d'hab', la distribution des films sur le territoire, pfff...
Dao, râleur.
|
|
|
| P'tit Panda |
|

Bientot dans Rush Hour 6
      
Groupe : Modérateurs
Messages : 14590
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon

|
|
Bon, histoire de mettre un bémol, j'ai trouvé ça chiant. Je suis pourtant très client du genre. Mais là, il se regarde beaucoup tourner, je trouve. Et il m'a laissé sur le bord du chemin, au passage. Dommage, c'est censé être moi le spectateur... :P
Par contre, comme d'hab', la distribution des films sur le territoire, pfff...
Dao, râleur. |
moi, j'ai adoré :D
en train de pondre la critique du film :blush:
--------------------
其实人在小时候就已经养成看待世俗的眼光,只是你并不自知。(侯孝贤)
|
|
|
| P'tit Panda |
|

Bientot dans Rush Hour 6
      
Groupe : Modérateurs
Messages : 14590
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon

|
Portrait Jia Zhang-ke : regards sur une Chine brutale LE MONDE | 08.05.07 | 16h33 • Mis à jour le 08.05.07 | 16h33 (IMG: http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/ill/2007/04/30/h_3_ill_903575_jia-zhang-ke.jpg) A la télévision chinoise, on a pu voir Jia Zhang-ke vanter les mérites d'un réseau de téléphone cellulaire dans un film publicitaire qu'il a lui-même réalisé. Cette apparition donne une idée de la notoriété modeste, mais réelle, dont le jeune cinéaste (37 ans) jouit dans son pays. Still Life, son cinquième long métrage de fiction, a remporté le Lion d'or au dernier Festival de Venise, en septembre 2006. Une nouvelle qui a eu un écho certain en Chine, même si les médias institutionnels l'ont passée sous silence. "A Shanghaï, on en a beaucoup plus parlé qu'à Pékin", explique le petit homme au visage d'enfant. Still Life a été coproduit par les studios de Shanghaï, et la métropole méridionale en a tiré un nouvel argument pour asseoir sa réputation de capitale culturelle. Jia Zhang-ke est un navigateur émérite entre les écueils des institutions chinoises. Il a commencé sa carrière à la marge - ses trois premiers films, Xiao Wu, artisan pickpocket, Platform et Plaisirs inconnus, ont été réalisés sans autorisation et jamais officiellement projetés en Chine. Depuis trois ans, le réalisateur a décidé de jouer le jeu institutionnel. The World et Still Life ont obtenu l'autorisation du tout-puissant Bureau du cinéma, celui-là même qui vient de signifier à Lou Ye une interdiction de tourner pendant cinq ans pour avoir présenté Une jeunesse chinoise à Cannes sans son aval. Ce qui ne veut pas dire que Jia Zhang-ke est rentré dans le rang. Still Life évoque la vie des ouvriers migrants venus travailler sur les chantiers de démolition autour du site du barrage des Trois-Gorges, le plus grand ouvrage hydraulique du monde. Une fois de plus, le réalisateur met en scène la brutalité des mutations de la société chinoise, qui déplace ses citoyens par millions, sans que jamais leur avis ne soit pris en compte. Justement, en ce soir d'avril à Pékin, les médias viennent juste d'évoquer le sort des époux Wu, qui ont tenu bon dans leur hôtel face aux promoteurs qui voulaient les expulser. Autour de la table d'un restaurant dont l'enseigne - L'Orient est rouge - relève de l'ironie post-maoïste qui a cours dans les lieux à la mode, les convives (outre le réalisateur, il y a là son directeur de la photo et collègue Yu Li-kwai et son actrice d'élection, Zhao Tao) s'accordent à voir dans la soudaine notoriété des hôteliers le signe d'un infléchissement de la pratique des médias chinois. Jia Zhang-ke est un observateur attentif de ce monde qui change à une vitesse vertigineuse. Depuis ses débuts, il a entrepris de le raconter à travers la fiction et le documentaire avec pour ambition de "perpétuer une tradition chinoise qui donne une image juste de la réalité", une tradition qui procède aussi bien de la peinture que de la littérature. Ce souci de coller au monde est commun à une génération de cinéastes marquée par les événements de 1989, parmi lesquels Lou Ye, Wang Chao( L'Orphelin d'Anyang) ou Yang Li (Blind Shaft). Lorsque l'on demande à Jia Zhang-ke d'énumérer les dates qui ont marqué son existence, il s'arrête au 4 juin 1989, date de l'intervention de l'armée et du massacre des étudiants sur la place Tiananmen. Depuis, "il ne s'est rien passé", dit-il. Bien sûr, la suite de la conversation dément ce diagnostic pessimiste, mais on mesure la profondeur de la blessure. En 1989, le jeune homme n'était pas à Pékin, il étudiait à Taiyuan, chef-lieu de sa province natale du Shanxi, au nord-est. Né dans la petite ville de Fenyang (théâtre de Platform et de Plaisirs inconnus), il a assisté à distance à l'éclosion du mouvement démocratique et à son écrasement. Durant les quatre années qui suivirent ce dernier, il n'a rien fait, se contentant de traîner, de boire avec des amis, un état qu'évoque Plaisirs inconnus. En 1993, il est parti à Pékin étudier le cinéma. En 1996, il participe à un concours de courts métrages à Hongkong, où il rencontre Yu Li-kwai, natif de la colonie britannique en passe d'être rattachée à la Chine. Yu Li-kwai a étudié en Belgique, il parle anglais et français. Il est réalisateur et devient le directeur de la photo des films de Jia. Autour de lui, le cinéaste a ainsi réuni une petite tribu, dont les autres membres sont aussi acteurs comme Hen Sanming, l'alter ego du réalisateur depuis Platform, ou la très silencieuse Zhao Tao. Ensemble, ils se sont faufilés dans les interstices laissés par la censure, pour tourner les premiers films. Platform, une fresque qui suit un groupe de jeunes de la fin de la révolution culturelle jusqu'à 1989, a été tourné dans la ville natale de Jia, avec l'approbation tacite des autorités. Inexistant aux yeux des autorités, le film n'a jamais été diffusé en salles. Mais il est aujourd'hui disponible en DVD dans les bons vidéoclubs de Pékin. En toute légalité : "La censure des DVD relève du Bureau de la culture, pas de celui du cinéma", explique le cinéaste. En revanche, la distribution de Still Life, tout à fait autorisée, n'a pas été un grand succès. Jia Zhangke a sorti son film à la fin de l'année 2006, avant les vacances du Nouvel An chinois, en même temps que La Cité interdite, de Zhang Yimou. Dans une Chine en train de reconstruire un réseau de salles à base de multiplexes à l'occidentale, le long métrage du jeune réalisateur n'a pas pesé lourd face au film à grand spectacle de son aîné, qui bénéficiait, selon Jia, de l'appui des autorités. Cette censure insaisissable reste le plus grand obstacle sur la route de l'artiste : "Tout dépend d'un bureaucrate, de ce qu'il croit être bon pour sa carrière", explique-t-il. Mais il arrive aussi que les censeurs soient débordés. Après que le Bureau du cinéma de Pékin eut autorisé le tournage de Still Life, les autorités locales de Fengje - la ville où a été tourné le film - se sont inquiétées de son contenu. Mais il faisait si chaud dans ce climat tropical que les officiels ont bientôt renoncé à visiter un plateau qui, chaque jour, changeait d'endroit, au fur et à mesure que ses décors naturels étaient détruits. Cette rapidité de guérillero explique même la raison d'être de la publicité pour les téléphones cellulaires. Jia Zhang-ke ne l'a pas réalisée pour arrondir ses fins de mois mais pour financer un projet sans équivalent pour l'instant en Chine. Au mois de juillet, dix apprentis cinéastes tourneront un court métrage avec le concours de grands noms du cinéma asiatique moderne - les Japonais Kiyoshi Kurosawa et Hirokazu Koré Eda, Yu Li-kwai, Xie Fei et Jia lui-même pour la Chine. Des centaines de candidatures ont été soumises, le tout pour passer l'été dans la ville natale de l'auteur de Still Life, parce qu'"à Fenyang, on est sûr de travailler, tellement il n'y a rien d'autre à faire". Thomas Sotinel * Parcours 1970 Naissance à Fenyang, province du Shanxi. 1984 Découverte des chansons et des séries télévisées de Hongkong. 1989 Vit l'éclosion et l'écrasement du mouvement pour la démocratie à Fenyang. 1993 Admis à l'Académie du film de Pékin. 1997 Réalise son premier long métrage, Xiao Wu, artisan pickpocket. 2006 Still Life, son cinquième film de fiction, remporte le Lion d'or à Venise. Article paru dans l'édition du 09.05.07
--------------------
其实人在小时候就已经养成看待世俗的眼光,只是你并不自知。(侯孝贤)
|
|
|
| P'tit Panda |
|

Bientot dans Rush Hour 6
      
Groupe : Modérateurs
Messages : 14590
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon

|
Et si on allait voir un film chinois... Par Antoine de Baecque (historien) 13H48 08/05/2007 (IMG: http://www.rue89.com/files/2003PeinJiaZhangke.jpg) Que faire en ces temps électoraux où la fièvre le dispute à la déprime pour éloigner la culture des avant-postes des préoccupations? La fréquentation des cinémas est en baisse, celle des librairies est catastrophique, et les musées ne vont pas fort. Quant aux théâtres… Eh bien, allons voir un film chinois! Plutôt deux car, coup sur coup, c’est une doublette qui se retrouve sur nos écrans. On a beaucoup parlé de Une jeunesse chinoise de Lou Ye, car son réalisateur, après la présentation du film au Festival de Cannes 2006 (sous le titre de Summer Palace), a été censuré par le bureau du cinéma chinois et interdit de réalisation dans son pays pour cinq ans. Le film n’est pas qu’un gibier de censure sauce pékinoise, il vaut beaucoup mieux que ce prétexte-là. Une jeunesse chinoise mêle le soulèvement de Tiananmen, en 1989, et les amours estudiantines de la sublime Yu Hong, jeune beauté montée à Pékin de son village natal. Lou Ye, à travers les apparences, la sensualité, les corps, les habitudes, les vêtements, retrouve beaucoup de ce qu’il nomme “l’esprit du 4 juin” ou “la génération 4 juin”, autrement dit cette atmosphère de liberté qui précéda de peu la répression du “1789 de la Chine”, comme l’arboraient alors fièrement sur un calicot les étudiants de Français de l’université de Pékin. Le cinéaste parvient à faire un grand film politique et historique en suivant les difficultés de vivre et d’aimer de son héroïne. Dans ce film, souffle le romanesque de l’Histoire, en mode majeur, et se croisent les histoires d’un roman amoureux, en mode mineur, l’architecture de l’ensemble produisant un effet très fort, parfois sidérant. L’autre perle chinoise, c’est Still Life de Jia Zhangke, qui est, depuis Platform et The World, le chef de file de la jeune génération des réalisateurs, traçant leur parcours entre film autorisé et tournage clandestin, film officiel et sortie en catimini, festivals européens et reconnaissance en Occident. Still Life n’échappe pas au genre, puisqu’il a obtenu, à la Mostra de Venise en septembre dernier, un lion d’or à la quasi unanimité des juges. Dès les premiers plans, d’une beauté à couper le souffle, mais fuyant cependant l’effet carte postale d’un filmage esthétisant, on comprend pourquoi… Un homme revient chez lui pour retrouver sa femme et sa fille, perdues depuis seize ans ; une femme cherche son mari dont elle est sans nouvelle. Deux quêtes à travers les paysages et les travaux de la vallée des Trois-Gorges, où la Chine construit l’un des plus pharaoniques barrages au monde, engloutissant sous les eaux des dizaines de villages et de bourgs. Face aux bouleversements du pays, à ce monstre économique du développement chinois, les vies et les vieilles habitudes ne valent plus grand chose. Pourtant, les souvenirs, la ténacité sourde et les rêveries de ces personnages en quête des autres est presque la plus forte. Still Life nous ferait presque croire que, quand la Chine s’arrêtera, elle deviendra un grand pays. Thuram et Sarko Mais on ne peut pas longtemps fuir si aisément l’actualité politique en trouvant refuge au cinéma. Car c’est dans un cinéma, précisément à l’Elysée Biarritz, qu’a eu lieu le premier événement culturel de l’ère Sarkozy (je ne parle pas du pathétique podium de la Concorde, dimanche 6 au soir, où les pires ringards succédaient aux plus navrants). Lilian Thuram présentait lundi 7 mai à 20h00 le feuilleton anti-esclavagiste Tropiques Amères, tourné en cinq épisode pour France 3 par Jean-Claude Barny. On connaît le talent du défenseur du Barça et double buteur de 1998 contre la Croatie; on connaît aussi ses engagements civiques, anti-racistes, contre Sarkozy. Là, il parrainait cette fresque feuilletonesque sur l’esclavage en Martinique à la fin du XVIIIe siècle, mais s’est surtout longuement exprimé, en présentant le film, sur l’idée de “déconstruire” l’esclavage et le racisme. Rejetant le conflit des mémoires, celle des victimes contre celle des coupables, Thuram a prôné le débat et le dialogue “afin que chacun comprenne ce qu’a représenté ce système, cette idéologie, de l’esclavage”. La série commence sur France 3 le 10 mai. Date qui n’est pas qu’un vieux souvenir enfui du temps où la gauche savait gagner des élections présidentielles, mais désormais, et surtout, le moment choisi pour se souvenir solennellement et intimement que l’esclavage a existé en France. La question??? Y aura-t-il un ministère de la Culture dans le premier gouvernement de la présidence Sarkozy? (réponse à la question précédente: le discours de Nantes, de Ségolène Royal, le lundi 26 mars). Le coup de cœur!!! Rétrospective Alexandre Sokourov à la Cinémathèque française, jusqu’au 4 juin. Ne manquer sous aucun prétexte: “Mère et fils” et “Pages cachées”. Ça va faire du bruit… Catherine Breillat en compétition au Festival de Cannes, avec Une vieille maîtresse. Le retour de la cinéaste au tout premier plan; une Asia Argento fascinante et vénéneuse. s : www.rue89.com
--------------------
其实人在小时候就已经养成看待世俗的眼光,只是你并不自知。(侯孝贤)
|
|
|
|