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Entretien Ce jour-là, la Chine s'est levée LE MONDE | 29.09.09 | 15h34
Quand je me rappelais l'occupation japonaise, je ne pouvais que me réjouir" Guo Fengxian, 77 ans, ancien ouvrier
Je suis originaire du village de Gu An, dans la province du Hebei, à 50 km de Pékin. Dans ma région, les communistes avaient lancé un programme de réformes agraires, les propriétaires et les paysans riches avaient dû céder leurs terres aux paysans. On voyait qu'ils (les communistes) travaillaient ensemble avec nous dans les champs et on les aimait bien.
Je suis arrivé à Pékin début 1949. Je travaillais pour un patron privé dans un atelier de couture situé à Qianmen (au sud de la place Tiananmen). Je me souviens que le jour où les troupes communistes sont entrées pour la première fois au centre-ville par la porte Xizhimen, à l'ouest de Pékin, je voulais aller assister à l'événement, mais mon patron ne m'a pas autorisé à y aller, car il ne voulait pas que je m'absente trop longtemps...
Le 1er octobre, parce que les lieux de la célébration étaient tout proches de mon travail, je suis allé rejoindre la foule sur Tiananmen. Avec le temps, les souvenirs se sont estompés, mais je me souviens tout de même de l'atmosphère de fête qui régnait ce jour-là. Il flottait un air de liberté. On reprenait confiance. Nous, les petites gens, on se réjouissait de voir que la flambée des prix, qui grimpaient toujours plus haut durant le règne du Guomindang, avait enfin cessé. Les magasins avaient rouvert, les commerçants voyaient de nouveau l'avenir avec sérénité et on se sentait heureux comme des enfants. La joie ambiante ne se percevait pas tant dans les couleurs des rues, dans la musique des orchestres que sur le visage des gens.
Les soldats communistes donnaient l'exemple : quand ils sont entrés en ville, ils dormaient dans la rue pour ne pas déranger les habitants. Vous voyez à quel point ils se tenaient bien ! Moi, j'étais content que les communistes prennent le pouvoir, pas tellement pour des raisons idéologiques d'ailleurs, mais plutôt parce que leur victoire représentait d'un seul coup la promesse d'une vie stable. Sous les nationalistes (de Tchang Kaï-chek), le peuple croulait sous les impôts. Et quand je me rappelais l'occupation japonaise, je ne pouvais que me réjouir de la libération de Pékin par l'Armée rouge : les soldats nippons nous traitaient comme des bêtes.
Un jour, quand je faisais la queue devant les guichets de la gare, je me souviens avoir vu les Japonais donner des coups de pied dans le derrière des gens pour les humilier. Mais soudain, comme l'a dit Mao, ce jour-là, la Chine s'est levée !
"En cas de problème, c'était la fin de ma carrière" Tian Shen, 84 ans, ancien officier dans une division de blindés. A terminé sa carrière avec le grade de général
J'ai rejoint les troupes communistes à 16 ans, au temps de l'alliance avec les nationalistes du Guomindang il fallait faire front uni contre les envahisseurs japonais. Mon père, Tian Han, était un dramaturge très connu (rédacteur de l'hymne national, le père du théâtre moderne chinois est mort en prison durant la Révolution culturelle), très engagé à gauche et membre du parti. Ce que mon père a fait à coups de pinceau (dans l'écriture), j'ai voulu le prolonger dans le métier des armes. Durant la seconde guerre mondiale, parce que je parlais anglais - appris à l'école à Shanghaï -, je suis devenu interprète de Nie Rongzhen (futur maréchal, qui devait devenir le patron du programme nucléaire chinois).
Durant la guerre civile (contre le Guomindang), j'ai participé aux dernières batailles, celles de Tianjin et Pékin. La ville est tombée sans combats, le général ennemi, Fu Zuoyi, ayant négocié avec l'Armée rouge pour assurer la "libération pacifique" de Pékin. J'étais le chef d'un bataillon de blindés. Peu de temps après la victoire, fin 1948, je me souviens de mes premiers pas dans la ville libérée : tous les magasins étaient fermés, les rues étaient désertes. Pékin me semblait gigantesque : j'ai dû demander à de rares passants le chemin pour trouver l'hôtel de Pékin où nos troupes avaient établi leur quartier général.
Dans la perspective des cérémonies du 1er octobre 1949 et de la parade organisée pour fêter la création de la République populaire, j'ai été chargé d'organiser le défilé des chars. Durant la guerre, on avait récupéré à l'ennemi des véhicules de marque soviétique, américaine et japonaise. J'ai choisi d'utiliser des chars japonais, qui présentaient l'avantage d'être plus gros (25 tonnes) et en meilleur état. On m'a donné trois mois pour préparer cette parade. Je trouvais que l'on m'attribuait là une lourde responsabilité : il fallait m'assurer du bon fonctionnement de trente tanks disposés sur six rangées.
En cas de problème, je savais que c'était la fin de ma carrière ! J'ai passé trois jours et trois nuits sans dormir avant le 1er octobre, mais tout s'est bien passé. Le jour du défilé, j'ai conduit la parade, debout sur une Jeep, précédant mes chars qui avaient été repeints et numérotés. On a roulé, calquant notre vitesse sur le passage des avions de chasse qui ont survolé au même moment la place Tiananmen. J'ai du mal à me souvenir des détails de la cérémonie : je me revois en train de saluer Mao Zedong qui, depuis le haut de la porte de la place Tiananmen, nous applaudissait en souriant. Ce fut évidemment pour moi un jour inoubliable : je pensais à mon père qui avait écrit les paroles de l'hymne national dont la musique rythmait le défilé. Il devait y avoir un demi-million de personnes sur la place. Je revois aussi Zhou Enlai, que je connaissais bien : ami de mon père, il était devenu mon parrain d'adoption. Mao est resté en haut de la tribune, mais Zhou, lui, est descendu à notre rencontre après la parade. Quelle journée !
"Le socialisme n'est pas incompatible avec l'économie de marché" Teng Teng, 79 ans, ancien professeur de chimie. Devenu vice-recteur de l'université de Qinghua, à Pékin, puis vice-ministre de l'éducation
A Shanghaï, à la fin des années 1940, je faisais déjà partie de groupes d'étudiants hostiles à l'engagement américain au côté des nationalistes du Guomindang. En 1947, je suis allé à Pékin où je me suis inscrit à l'université Qinghua. Là-bas, les communistes m'ont rapidement contacté en raison de mes idées progressistes et je suis devenu membre du parti un an plus tard. Cet engagement était risqué : si l'on était démasqué comme membre du parti clandestin, on risquait la prison, voire la mort.
Quand les zones autour de Pékin ont été libérées par l'Armée rouge, j'ai voulu les rejoindre. Mais mes chefs ont préféré que je reste en ville car, puisque j'étais encore très jeune, je n'avais pas été repéré comme membre du parti... J'étais notamment chargé de diffuser nos idées et, surtout, de convaincre les professeurs, dont beaucoup avaient étudié à l'étranger, de ne pas rejoindre les rangs du Guomindang avant la débâcle finale de l'armée de Tchang Kaï-chek.
A l'aube de la victoire, on pouvait recenser trois types de réactions : beaucoup de gens dans les milieux intellectuels, dont ma famille, étaient dégoûtés par le régime des nationalistes et voyaient d'un bon œil l'arrivée des communistes. Ceux que l'on appelait les "capitalistes nationaux" s'inquiétaient certes du prochain établissement du socialisme et se demandaient ce qu'il allait advenir de leurs biens. Mais l'impéritie du Guomindang, qui levait de lourds impôts dans une Chine à l'industrie embryonnaire, avait fait naître chez nombre d'entre eux l'espoir d'un changement. Quant aux collaborateurs du gouvernement, allié des puissances coloniales, ils avaient toutes les raisons de s'effrayer d'une victoire des communistes.
Le 1er octobre, j'ai participé au défilé dans les formations étudiantes. J'ai eu la chance d'être placé devant la porte du haut de laquelle Mao allait prononcer son premier et célèbre discours. Quand il a proclamé la fondation de la République populaire, j'ai senti mon sang bouillonner.
Soixante ans plus tard, quand je repense au sort des paysans illettrés d'avant la révolution, je trouve que mes espoirs ont été comblés. Certes, beaucoup de problèmes subsistent, l'écart s'est creusé entre les classes sociales. Ces soixante années ont suivi un chemin tortueux, de graves erreurs ont été commises. Deng Xiaoping, [architecte des réformes économiques] a dit : "Traverser la rivière en tâtant les pierres." Mais nous avons su corriger nos erreurs par nous-mêmes. Les trente premières années ont été des années de recherche et d'essai. Durant les trente dernières, on a tiré les leçons du passé.
Deng avait compris qu'il fallait que la théorie marxiste-léniniste évolue et s'adapte aux réalités d'aujourd'hui. Le socialisme n'est pas incompatible avec l'économie de marché et le capitalisme est compatible avec une économie planifiée. Il est vrai que le "socialisme aux caractéristiques chinoises" d'aujourd'hui suppose une recherche du profit sans limite, ce qui peut être contradictoire avec la nature du socialisme.
"Ma meilleure amie a été critiquée. On m'a demandé de la dénoncer" Shi Huizhen, 75 ans. Née à Shanghaï dans une famille ouvrière. Devenue professeure en ingénierie, et cadre communiste. Aujourd'hui retraitée
J'avais 15 ans en 1949. Mon père était cheminot. Ma mère, qui avait travaillé dans une usine textile, avait été renvoyée quand elle était enceinte de moi, et n'avait pu retrouver de travail. On habitait dans 10m2, dans le nord de Shanghaï. Je me souviens que mes parents ne pouvaient pas toujours payer le loyer. Shanghaï a été libérée en mai 1949, et la situation est restée chaotique un certain temps, j'ai arrêté le lycée pendant un an. J'ai repris les cours à 16 ans. C'était devenu gratuit. Pour nous, les ouvriers, la vie s'est beaucoup améliorée. On recevait des rations de charbon, de riz. On nous a proposé deux appartements, mais mon père avait ses habitudes dans notre quartier, on y est restés. Je suis entrée à l'université des Mines de Pékin, et suis devenue ingénieure. Il y avait un grand enthousiasme chez les ouvriers, car on se retrouvait en haut de l'échelle.
Les paysans avaient tout à coup des terres. Les vices de l'ancienne société, comme la prostitution, le jeu avaient cessé d'exister. Nous, les jeunes, ne pensions qu'à construire la nouvelle Chine. L'ordre social nous paraissait idéal. J'étais naïve. J'étais convaincue que je consacrerai toute ma vie à la construction du communisme. Et j'ai adhéré au parti. Je n'ai pu le faire aussi jeune que parce que je venais d'une famille ouvrière. Puis je suis devenue professeure à l'université. On m'a trouvé un poste à Shanghaï pour que je me marie avec mon amoureux. Sa famille était désormais classée comme "petits-bourgeois". Ça a été dur pour les petits-bourgeois, bien plus que pour les "grands capitalistes" qui eux s'échappaient.
Ma génération a été marquée par les deux grandes campagnes politiques qui ont suivi, le mouvement anti-droitier de 1957, et la Révolution culturelle, en 1966. Je n'ai pas été touchée directement, on n'avait aucun "droitier" chez nous, mais je voyais autour de moi les amis, les voisins, les collègues en souffrir. Tout cela nous a pris par surprise. Ma meilleure copine, qui travaillait à l'Académie des sciences, a été "critiquée". On m'a demandé de la dénoncer, mais je disais, la dénoncer pour avoir fait quoi? Pendant la Révolution culturelle, j'avais tendance à défendre les gens qui étaient critiqués, et j'ai fini par être "critiquée" pour cela.
Ces campagnes politiques m'ont donné le sentiment que la société communiste idéale était très loin! Puis il y a eu un tel changement avec l'ouverture dans les années 1980. Notre unité de travail nous a permis de devenir propriétaire de notre appartement, il n'a fallu payer que 10 000 yuans (1 000 euros). J'ai pris ma retraite. Mes deux fils sont allés à l'université et ont une bonne situation. Les communistes sont sans doute les seuls à pouvoir tenir le pays. Mais regardez les ouvriers aujourd'hui : à Shanghaï, ce sont tous des migrants. Ils gagnent 900, 1 000 ou 3 000 yuans (300 euros) par mois. S'ils manquent un jour de travail, ils perdent leur paie, et n'ont pas d'assurance. Les entrepreneurs et les cols blancs gagnent leur vie bien mieux qu'eux. Les écarts se sont tellement accrus entre les riches et les pauvres! Je suis très inquiète. Le système politique manque de maturité, beaucoup d'officiels en ont profité et la corruption a prospéré…
"C'est devenu un crime de partir" Xu Yuanzhang, né en 1945. Fils d'une famille fortunée, il peint des aquarelles sur le Shanghaï d'avant-1949
J'étais beaucoup trop jeune pour me rendre compte de ce qui se passait en 1949. Ma famille avait cinq propriétés à l'époque sur Baoqian Lu à Shanghaï. J'ai découvert ce passé grandiose, qui m'était étranger, à la Révolution culturelle, quand mon oncle, qui était en exil, est revenu en Chine. Il a ensuite été arrêté et a passé sept ans en prison. A l'époque, la maison était occupée par une unité de confiscation des biens, qui nous surveillait, il fallait demander l'autorisation, même pour acheter du soja. Ces vingt dernières années, j'ai vécu dans l'une des maisons de Baoqian Lu, avec un grand parc. J'en ai fait mon studio de peinture, et le dimanche, un salon de danse. La maison a été vendue cette année.
Avant la libération de 1949, mon grand-père maternel avait longtemps été représentant d'IG Farben à Shanghaï, et s'était enrichi en investissant dans des banques, des hôpitaux. Mon grand-père paternel était un entrepreneur qui avait eu le premier l'idée de construire des quartiers entiers en dehors des concessions. Mais les bombardements japonais dans les années 1930 l'ont ruiné.
En 1948, mon grand-père maternel est parti pour Hongkong en remplissant deux avions. Il a emmené la plus jeune de ses quatre femmes. Mes parents sont restés en Chine, ils n'étaient pas particulièrement riches, la dot de ma mère, une magnifique demeure à Hangzhou, avait été confisquée. En 1957, ma mère est partie à Hongkong toucher sa part d'héritage. Le mouvement anti-droitier a été lancé, et elle n'a pas pu revenir. C'est devenu un crime de partir à l'étranger, on ne pouvait plus la rejoindre. Nos lettres étaient lues, et on ne pouvait expliquer ce qui se passait. Ma mère perdait patience et croyait que mon père restait par patriotisme. Après, ce fut trop tard, on était devenu adultes, sans grande éducation - j'ai travaillé dix-neuf ans à l'usine. Je n'ai plus de contact avec elle depuis 1980. Elle a refait sa vie en France, où elle est peintre. Ça a été la grande tragédie de mon père.
Après 1949, nous étions classés comme "capitalistes", mais nous n'avons jamais été dans l'œil du cyclone. Mon père était très prudent, en fait il n'avait pas beaucoup de courage. Il était professeur puis a travaillé au Bureau municipal de l'éducation. C'était le seul à ne pas être communiste. Pendant la Révolution culturelle, il a pourtant fait quelque chose d'audacieux : écrire en cachette un roman historique sur la dynastie Song, au nez et à la barbe des gardiens qui vivaient chez nous. C'était un crime à l'époque. Après sa publication des années après, le livre a fini par être primé. Le lendemain, mon père mourait.
"Je fais partie de la première génération à retourner à l'étranger" Jin Yincheng, né en 1947, émigré en Australie, consultant en art chinois
Je vis en Australie, mais je suis revenu en Chine ces dernières années pour m'occuper de deux maisons qui appartenaient à ma famille et que nous avons récupérées en1985 et 1992. Pour la première, dans un lilong (ruelle) près de Xintiandi (quartier à la mode au centre de Shanghaï), les autorités ont prétendu qu'un métro allait être construit. La société de démolition nous harcelait, j'ai résisté, car j'avais un passeport australien. Jusqu'au jour où, en 2006, ils m'ont donné rendez-vous - et ont profité de mon absence pour casser les planchers et les escaliers, et embarquer mes affaires. J'ai pris peur et accepté un prix extrêmement bas. Au lieu d'un métro, ils ont construit des immeubles de luxe.
Pour la seconde, la mairie m'a expliqué qu'ils avaient agi comme des agents temporaires de location de la maison toutes ces années. Ils m'ont dit de patienter jusqu'à juin2009, après quoi j'aurais une réponse. En fait, ils ont détruit la maison, en toute illégalité. J'ai porté plainte, il y a un procès, mais le tribunal me demande de modifier la qualification de l'accusation. J'ai peu d'espoir, ils sont en position de force. Ces méthodes de gangsters me dégoûtent, il n'y aucune morale et aucun droit. Quatre avocats, que j'ai contactés, m'ont répondu que pour les affaires foncières, il y a des "restrictions".
Avant 1949, mon père était chirurgien, il avait deux hôpitaux à Shanghaï. Il a continué d'exercer et a gardé un salaire élevé de directeur après la libération - jusqu'à la campagne anti-droitiers de 1957, où il fut emprisonné. On le fit exercer dans l'hôpital de la prison où il se suicida au début de la Révolution culturelle, car on l'avait désigné comme contre-révolutionnaire et soumis à des brimades. Notre famille était classée "capitaliste", nous étions des moins que rien.
Après la Révolution culturelle, mon père fut réhabilité de manière posthume. Je fis partie de la première génération à retourner à l'université. Après les Beaux-Arts, je fus engagé au Musée de Shanghaï. On m'envoya visiter les familles à qui des objets anciens avaient été confisqués pendant la Révolution culturelle. Je devais leur faire signer un papier comme quoi ils acceptaient, pour une somme dérisoire, de les céder au musée. Or, à l'époque, Hu Yaobang (secrétaire général du parti) avait déclaré que tous les objets confisqués devaient être rendus. En réalité, les autorités locales et le musée n'en faisaient qu'à leur guise. J'écrivis un article, en 1987, qui fit du bruit à Pékin, mais déplu fortement à Shanghaï. Je fus l'objet de sanctions, et décidai d'émigrer à la fin des années 1980. Quand je vois cette spéculation immobilière à Shanghaï, ces passe-droits, ce pillage organisé, et le sort de ceux qui osent protester, je me sens parfois découragé et pessimiste.
Brice Pedroletti et Bruno Philip Chronologie
1912 Sun Yat-sen crée le Guomindang, (Parti national du peuple chinois).
1921 Fondation du Parti communiste chinois (PCC).
1922 PCC et Guomindang collaborent.
1927 La rupture entre le Guomindang et le PCC provoque une guerre civile.
1934 Début de la Longue Marche menée par Mao Zedong.
1937-1945 Le Japon occupe la Chine.
1er octobre 1949 Proclamation de la République populaire de Chine.
1956 Grand Bond en avant.
1958 Mouvement des "cent fleurs", qui se termine par la répression "antidroitière".
1966 Début de la Révolution culturelle.
1976 Mort de Mao Zedong.
1978 Deng Xiaoping lance les réformes économiques.
Article paru dans l'édition du 30.09.09
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Reportage Chine : un 60e anniversaire sous haute sécurité LE MONDE | 30.09.09 | 16h30 • Mis à jour le 30.09.09 | 16h30 Pékin Correspondant
Tous les dix ans, la Chine célèbre en grande pompe l'anniversaire de la fondation de la République populaire. Cette année, pour le soixantième du genre, en dépit de consignes de "frugalité" à respecter pour cause de crise économique, les célébrations du 1er octobre s'annoncent grandioses : outre la classique parade militaire qui remontera l'avenue de la Paix éternelle - Chang an jie - jusqu'à la place Tiananmen et au cours de laquelle défilera une cinquantaine d'armements made in China jamais montrés en public, un feu d'artifice annoncé comme "le plus grand organisé dans le monde" aura lieu dans la soirée : 20 000 pétards exploseront dans la nuit de jeudi, soit deux fois plus que durant l'orgie pyrotechnique des Jeux olympiques de Pékin. Il s'agit de souffler dignement les soixante bougies de la République, chiffre d'importance dans le calendrier chinois puisqu'il symbolise le passage d'un cycle à un autre.
Le cycle qui vient de se refermer aura en tout cas suscité des inquiétudes légitimes pour le pouvoir dans un climat de tensions sociales et ethniques : si les festivités du 1er octobre sont l'occasion pour le régime d'une démonstration de force exaltant la puissance de la Chine du XXIe siècle, le luxe de précaution dont se sont entourées les autorités illustre l'inquiétude de ces dernières à la suite des violentes émeutes au Tibet, en 2008, et chez les Ouïgours musulmans du Xinjiang, cet été.
Public trié sur le volet
Les mesures de sécurité que cet événement a suscitées sont sans précédent : à part un public trié sur le volet, qui sera admis à observer les célébrations depuis les gradins construits place Tiananmen, on a conseillé aux Pékinois de rester à la maison et de regarder l'événement à la télévision. Neuf comportements déviants seront "fortement punis", tels la tentative de forcer des barrages de police, de faire du feu sans permission, de se livrer à un trafic de badges... Le lâcher de pigeons, passe-temps favori de certains habitants, est interdit. Les vols d'un autre type, aériens ceux-là, seront également suspendus à l'aéroport de Pékin toute la matinée pour laisser le champ libre à la parade aérienne.
Les rues de la capitale sont désormais quadrillées par quelque 800 000 volontaires chargés de veiller au grain et de signaler tout incident suspect. Les habitants des vastes résidences longeant la grande avenue Chang an doivent se munir d'un badge spécial pour rentrer chez eux. Durant le défilé, ils n'ont pas le droit d'ouvrir les fenêtres et de se tenir sur leur balcon ! Chaque véhicule qui entre dans Pékin est fouillé et les provinces avoisinantes ont pris des mesures exceptionnelles de précaution afin de protéger la capitale durant les cérémonies.
Trois incidents qui se sont produits récemment ont encore accru la paranoïa ambiante : il y a une dizaine de jours, deux ivrognes ont poignardé deux gardes de sécurité après avoir semé la terreur dans la foule dans un quartier commerçant situé tout à côté de Tiananmen, la place la plus surveillée au monde. La vente de couteaux et de hachoirs est désormais interdite dans les supermarchés... Quelques jours plus tard, un autre assaillant blessait légèrement avec un couteau une touriste française qui a dû être brièvement hospitalisée.
Ce n'est pas un hasard qu'à la veille d'une célébration qui entend rappeler l'importance de l'union des peuples de Chine en cette période troublée, l'ensemble des membres du Comité permanent du bureau politique, la plus haute instance de l'Etat-parti, ait remis en fanfare des distinctions à des personnalités qui ont oeuvré pour "l'harmonie ethnique" : durant cette cérémonie, mardi 29 septembre, 739 "organisations" et 749 personnes ont été honorées par le gouvernement. Le président Hu Jintao en a profité pour promettre que "tous les groupes ethniques bénéficieront de la réforme et du développement".
Bruno Philip De la fondation du parti à la République populaire
1921 Création du Parti communiste chinois (PCC).
1927 Début de la guerre civile à la suite de la rupture entre le PCC et le Guomindang, le Parti national du peuple chinois fondé par Sun Yat-sen en 1912.
1934 Début de la Longue Marche menée par Mao Zedong.
1937-1945 Occupation de la Chine par le Japon.
1er octobre 1949 Proclamation de la République populaire de Chine (RPC).
Article paru dans l'édition du 01.10.09
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Lucien Bianco, historien, directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) "Cette révolution est nationaliste avant d'être communiste" LE MONDE | 30.09.09 | 16h30
Historien, Lucien Bianco est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).
En tant que spécialiste de l'histoire de la paysannerie chinoise, diriez-vous que la stratégie de Mao Zedong, qui choisit notamment de s'appuyer sur le monde paysan, est la raison principale de la victoire des communistes ?
Cliquez-ici ! Si judicieuse et fructueuse qu'ait été la stratégie paysanne de Mao, la raison principale, c'est la seconde guerre mondiale, dont le rôle s'est avéré encore plus décisif que celui qu'a joué la première guerre mondiale dans la victoire des bolcheviks. Elle a rendu extrêmement vulnérable un régime fragile et permis aux communistes d'accroître considérablement leurs forces.
Quels ont été les principaux atouts des soldats de l'armée rouge et du Parti communiste chinois durant la guerre civile ?
La supériorité du commandement et du moral, entretenu par une réforme agraire qui distribuait la terre aux paysans enrôlés dans l'armée rouge, mais plus encore la crise qui rend le régime (des "Nationalistes" de Tchang Kaï-chek) de moins en moins capable de résister à l'offensive communiste. Une inflation comparable à celle qu'a subie la République de Weimar ruine fonctionnaires et salariés, aggrave la corruption et détache l'opinion du pouvoir. Aux abois, ce dernier s'entête à réprimer et à tenter de masquer ses défaites. En apparence, cette révolution se ramène à une conquête, il est plus juste de dire que c'est le régime lui-même qui s'effondre dans le mensonge, la banqueroute et la corruption.
Quelle était la disposition d'esprit des Chinois des villes à la veille de la "libération" de celles-ci par les soldats de Mao ?
L'armée rouge n'est pas entrée dans Nankin ou Shanghaï sous les acclamations : les citadins restaient silencieux et réservés, comme l'a montré à l'époque le correspondant du Monde Robert Guillain. Pour autant, ils se sont ralliés assez vite : plutôt qu'une vie meilleure, ils se contentaient d'espérer une vie moins mauvaise, ils considéraient que rien ne pouvait être pire que ce qu'ils avaient vécu. En quoi ils se trompaient, les intellectuels surtout. Ces derniers ont été initialement plus favorables au nouveau régime que les intellectuels russes au bolchevisme. Ils espéraient que les communistes mettraient fin au déclin continu de la Chine. C'est précisément ce que Mao leur promet d'emblée : "Le peuple chinois s'est dressé... Les Chinois ne seront plus jamais des esclaves." Cette révolution est nationaliste avant d'être communiste.
Avant le début des réformes économiques de 1979, peut-on, à partir de 1949, dégager des périodes positives pour la Chine (moindre pauvreté, alphabétisation, droit des femmes, etc.) en dépit des catastrophes économiques de l'ère maoïste ?
En ce qui concerne la pauvreté, le bilan est quasi nul : en 1977, un an après la mort de Mao, le revenu des paysans, qui représentent 80 % des Chinois, est égal ou inférieur à ce qu'il était en... 1933 ! Mao a plus prôné que réalisé l'égalitarisme. Ses choix idéologiques et son entêtement ont maintenu l'ensemble de la population dans la pauvreté.
En étendant à l'ensemble de la population des libertés dont bénéficiaient déjà l'intelligentsia et une mince bourgeoisie urbaine, la loi sur le mariage de 1950 a un peu amélioré la condition féminine : souvent maltraitées ou battues par un mari auquel on les a mariées sans les consulter, les femmes peuvent désormais demander le divorce. Mais la résistance des mentalités freine l'application de la loi, surtout à la campagne, et le parti, qui a d'autres urgences en tête, préfère temporiser. Il proclame néanmoins l'égalité des sexes mais, à l'instar d'autres aphorismes maoïstes, la fameuse "moitié du ciel" réservée à la femme est restée un slogan. Comme en Union soviétique, la femme est "libérée" pour le travail, y compris le travail dur, rarement payé à l'égal du travail masculin.
Alphabétisation et scolarisation ont, en revanche, beaucoup progressé en Chine, dès la période maoïste. En 1949, on comptait encore 80 % d'illettrés, il en reste 8 % aujourd'hui et l'essentiel des progrès a été réalisé du vivant de Mao. Au plan de la scolarisation, les Chinois sont encore allés bien au-delà des intentions : 25 % d'enfants d'âge scolaire élèves des écoles primaires en 1949, plus de 95 % à la mort de Mao en 1976.
Quel bilan tirer des trente dernières années qui ont vu la Chine s'enrichir et devenir une puissance internationale ? Le caractère autoritaire de ce régime à parti unique vous paraît-il avoir été l'une des conditions du succès, comme d'aucuns le prétendent ?
Bilan remarquable en ce qui concerne le développement du pays et du niveau de vie des habitants. En matière démographique plus qu'économique le parti unique a servi : le contrôle des naissances a été aussi efficace que contraignant. Vers 1975, écoeuré par les conditions de la recherche en Chine, je m'étais arrêté au retour en Inde, où d'immenses affiches dénonçaient le "génocide" perpétré par Indira Gandhi, qui tentait, elle aussi, de planifier les naissances, mais avec des moyens beaucoup moins contraignants. Voilà un obstacle auquel les dirigeants de la Chine n'étaient pas confrontés, même si les paysans faisaient l'impossible pour se soustraire à la loi.
Dans le domaine économique le succès est dû moins au caractère autoritaire du régime qu'à son abandon des visées idéologiques. Délaissant les lubies maoïstes, il s'est efforcé de combler le retard qui avait été la vraie cause de la révolution chinoise. Ce pragmatisme a libéré l'énergie des producteurs. Je ne pense pas voir la démocratie s'établir en Chine de mon vivant (M. Bianco est né en 1930). Le régime n'en est pas le seul responsable, il est difficile de l'acclimater dans un pays qui ne l'a jamais connue et peuplé de plus de 1,3 milliard d'habitants, en majorité pauvres et peu éduqués.
Propos recueillis par Bruno Philip Article paru dans l'édition du 01.10.09
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En Chine, Danone finit par vendre sa coentreprise avec Wahaha pour ne pas compromettre son développement LE MONDE | 30.09.09 | 15h37 • Mis à jour le 30.09.09 | 15h37
Pour Danone, les déboires en Chine semblent finis. Après plus deux ans d'un violent conflit avec Wahaha, son partenaire historique dans le numéro un des boissons sans alcool, les deux groupes ont annoncé, dans un communiqué mercredi 30 septembre, la signature d'un accord à l'amiable pour mettre fin à leur aventure commune, commencée en 1996.
Danone a accepté de céder à son partenaire les 51 % qu'il détenait dans leur coentreprise. Le montant de la cession n'a pas été révélé mais il serait, au final, proche de la valeur de Wahaha inscrite dans les comptes de Danone, soit autour de 300 millions d'euros. L'accord met fin à toutes les procédures juridiques en cours.
Le communiqué, au ton fort diplomatique, précise que la fin de ce conflit a été obtenue avec "le soutien des gouvernements chinois et français". "Nous sommes confiants que Wahaha saura poursuivre cette réussite", déclare Franck Riboud, le PDG de Danone. "La Chine est un pays ouvert (...). Les entreprises chinoises sont désireuses de coopérer et de croître avec les autres leaders mondiaux sur la base de relations équitables et de bénéfice réciproque", précise pour sa part Zong Qinhou, patron de Wahaha.
Le tonitruant milliardaire, qui entretient des liens étroits avec le pouvoir, n'avait pourtant pas hésité, en plein coeur de la bataille, à faire appel au patriotisme économique.
Mi 2007, des procédures multiples avaient été engagées devant des tribunaux en Chine, en Suède et aux Etats-Unis. Danone détenait 51 % de la coentreprise, formée de 39 sociétés. Celles-ci étaient seules habilitées, en principe, à utiliser la marque et à distribuer les produits Wahaha. Mais le groupe français avait découvert l'existence de "circuits parallèles", au travers d'usines qui ne faisaient pas partie de l'accord, mais qui écoulaient tout de même des produits sous cette marque.
Le français avait proposé de les racheter, ce qu'avait refusé Zong Quinhou. Il avait alors publiquement dénoncé le comportement "colonialiste" de Danone et ses visées "impérialistes", puisque, depuis son mariage avec Wahaha, il avait multiplié les participations dans d'autres groupes agroalimentaires chinois.
En décembre 2007, une trêve dans les actions judiciaires avait été décidée, après une visite du président de la République Nicolas Sarkozy en Chine. Il était surtout question de trouver une solution au désengagement de Danone. En 2008, Wahaha avait affirmé que le français réclamait 1,6 milliard d'euros pour sortir de la coentreprise, et qu'il refusait de payer. Un chiffre que Danone démentait.
Désormais, Danone va poursuivre, seul, ses investissements en Chine. Hors Wahaha, ce marché arrive en quatrième position, en terme de chiffre d'affaires, après la France, l'Espagne et les Etats-Unis. Danone y est présent dans l'eau en bouteille, l'alimentation infantile, la nutrition médicale, et surtout les produits laitiers.
Sur ce secteur, il a déjà rompu ses liens avec Shanghai Bright Dairy et Mengniu Dairy. Il n'est à présent plus question de coentreprises pour Danone en Chine, où Wahaha était son dernier partenariat. Même chose en Inde, d'ailleurs, où son partenariat avec Wadia, après plusieurs années de conflit aussi, a été rompu il y a six mois.
Le groupe assure que l'aventure Wahaha restera un succès. "Sur treize ans, l'expérience est positive. Sans Wahaha, nous aurions été incapables de monter un tel business en Chine", indique-t-on chez Danone. Reste une inconnue : un conflit d'une telle durée et d'une telle ampleur, aura-t-il terni l'image du français auprès des consommateurs ? Chez Danone, on estime que non. On en veut pour preuve la croissance continue du marché, et le lancement réussi des yaourts Bio en janvier.
Laetitia Clavreul Article paru dans l'édition du 01.10.09
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Quand Mao était le demi-dieu d'une Chine envoutée By Pierre Haski Created 09/27/2009 - 10:50 A trois jours des soixante ans de la naissance de la République populaire, zoom sur le culte encore voué à Mao Zedong. (IMG: http://asset.rue89.com/files/imagecache/asset_wizard_height/files/PierreHaski/DSC_0466_1.jpg) Il y a un mystère Mao. Alors que la Chine célèbre le premier octobre le soixantième anniversaire du jour où Mao Zedong, de la terrrasse de la Porte de la paix céleste à Pékin, a proclamé la naissance de la République populaire, l'ampleur du culte dont a fait l'objet le « père » de la Chine communiste continue de fasciner et de surprendre (voir ces quelques secondes filmées le 1er octobre 1949). Un livre tout simplement intitulé « Le Mao », richement illustré et commenté, tente de montrer et de décrypter ce phénomène inégalé de culte de la personnalité au XXe siècle qui a entouré le Grand timonier, et qui continue à marquer la Chine d'aujourd'hui. Les auteurs : Claude Hudelot, écrivain et diplomate, passionné de Chine et grand collectionneur d'icones maoïstes, et Guy Gallice, artiste et photographe, lui aussi familier de l'empire du milieu. Le livre est d'abord riche de ses illustrations : des centaines d'images de ces objets produits en série par la machine de propagande maoïste, badges, figurines en porcelaine, affiches, bouteilles de parfum, éventails, tasses en métal ou casquettes. Jamais sans doute la production de masse n'a ainsi été mise au service de l'image d'un seul homme, jamais ces objets n'ont à ce point pénétré la vie quotidienne de tout un peuple voué au culte d'un demi-dieu. Claude Hudelot raconte pour Rue89 (Claude est un ami de mes années chinoises) sa découverte de la Chine des années Mao, dès 1964, et sa passion pour la Chine à laquelle il consacrera une bonne partie de sa vie professionnelle, notamment comme attaché culturel français à Pékin et Shanghai, à deux époques différentes. Une passion pour la Chine plus que pour Mao puisque, comme il l'explique ici, il a été influencé par Simon Leys, alias Pierre Ryckmans [1], le pourfendeur du Mao de la révolution clturelle, lorsque de nombreux intellectuels français étaient sous le charme des sirènes de Pékin… (Ecouter le son) p.249_MAO-9_1.jpgDepuis les années 80, Claude Hudelot collectionne ces objets du culte maoïste, qui inondaient alors les marchés des villes chinoises au lendemain de la mort du Grand timonier. Il en possède littéralement des milliers, qui forment la trame de ce livre. Fascination malsaine ? Claude Hudelot a-t-il sombré malgré lui dans le culte de la personnalité de cet homme qui conduisit le destin des 700 millions de Chinois que chantait Jacques Dutronc ? Nous lui avons posé la question… Il explique en quoi Mao est à la fois un « génie » et un « stratège », mais aussi l'homme qui a « bousillé la Chine » : (Ecouter le son) Dans « Le Mao », les illustrations sont accompagnées d'un important appareil éditorial de décryptage du phénomène du culte de la personnalité, des personnages-clé de ce culte, comme le journaliste américain Edgar Snow [2] ou les photographes dont les clichés ont servi de base à la fabrication des icones. Mais les Chinois d'aujourd'hui sont largement tenus dans l'ignorance des outrances fatales de leur passé récent, comme l'explique Claude Hudelot. Deng Xiaoping, le successeur de Mao, a renoncé, à la fin des années 70, à « démaoïser » la Chine comme il y avait eu une « destalinisation » sous Khrouchtchev [3] en URSS. Dès lors, le jugement du parti communiste (« Mao, c'est 70% de bon, 30% de mauvais ») suffit à clore le débat pour les générations futures. ► Lire la suite : Mao, alibi révolutionnaire de la Chine moderne [4] Buste_Mao-1_1.jpgMao Zedong reste donc l'alibi révolutionnaire d'une Chine qui a résolument tourné le dos à tout ce que professait le fondateur de la République populaire : en particulier dans le domaine économique où la planification et l'égalitarisme forcené ont cédé la place à un capitalisme d'Etat doublé d'un secteur privé digne du Far West, et d'un creusement des inégalités sociales qui figurent parmi les plus fortes au monde. Mais surtout, l'enseignement manipulé de l'histoire officielle en Chine fait que tout Chinois en dessous de 40 ans ignore largement les millions de morts du Grand bond en avant, les horreurs de la Révolution culturelle, et les désastres économiques engendrés par l'application des préceptes du Grand timonier. La logique est évidente, surtout au moment où ils célèbrent les soixante ans de la République populaire : les dirigeants actuels ont d'abord comme véritable légitimité le fait d'être les lointains héritiers des pères fondateurs, et donc ceux-ci doivent continuer à être glorifiés. Un débat historique sur la place de Mao dans l'histoire n'est pas souhaitable. Plus surprenante est l'indulgence internationale vis-à-vis du personnage de Mao : bien que l'information soit disponible, il n'a pas été totalement discrédité comme l'ont été les autres grands dictateurs du XXe siècle. La faute à Andy Warhol, qui, en faisant du Grand timonier un personnage central de la pop culture au même titre que Marylin Monroe et la boîte de soupe Campbell, l'a rangé du côté sympathique de l'histoire ? Claude Hudelot analyse ce phénomène : (Ecouter le son) Pour ceux qui voudraient aller plus loin, un autre livre exceptionnel vient d'être publié en traduction française : « La Dernière révolution de Mao - Histoire de la Révolution culturelle 1966-1976 », écrit par deux éminents sinologues, l'Américain Roderick MacFarquhar, et le Suédois Michael Schoenhals. Les deux hommes ont revisité la Révolution culturelle à la lumière des témoignages individuels et de documents qui émergent avec le temps, et qui permettent de raconter à nouveau cet épisode central de l'épopée maoïste, « un tournant, la décennie décisive d'un demi-siècle de régime communiste en Chine ». Une histoire centrée autour du personnage de Mao Zedong, de ses jeux de pouvoir, de ses lubies et de ses obsessions. Le livre s'ouvre d'ailleurs sur une de ses citations terrifiantes, qui remonte à 1958 : « Les 600 millions d'habitants de la Chine ont deux particularités remarquables : premièrement ils sont pauvres, et, deuxièmement, ils forment une page blanche. Cela pourrait paraître regrettable, mais en vérité c'est une bonne chose. Les gens pauvres veulent le changement, ils veulent faire des choses, ils veulent la révolution. Une page blanche n'a aucune tache, on peut y peindre les images les plus nouvelles et les plus belles. » Ces images, celles qui figurent dans « Le Mao » notamment, sont le reflet d'un passé qui laisse des traces durables. Un passé que les Chinois tentent de glisser sous le tapis en n'en conservant que des rêves de grandeur qui sont en train de se réaliser. Tant pis pour les victimes. ► Le Mao - Guy Gallice et Claude Hudelot - éd. du Rouergue - 472 p., 52€. ► La dernière révolution de Mao - Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals - Gallimard - 808 p., 35€. Pour le 60e anniversaire de la Chine, col Mao ou cravate ? [6] Tous les articles sur Mao Zedong [7] Art contemporain : Mao fait encore vendre [8] "La Dernière Révolution de Mao. Histoire de la Révolution culturelle (1966-1976)", par Lucien Blanco, sur LeMonde.fr [9] Les Mao d'Andy Warhol au Grand Palais, sur icilachine.com [10] URL source: http://www.rue89.com/chinatown/2009/09/27/...-chine-envouteeLinks: [1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Simon_Leys[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Edgar_Snow[3] http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19560224[4] http://www.rue89.com/chinatown/2009/09/27/...outee?page=0,1#[5] http://www.rue89.com/zoomorama/2009/04/04/...hiques-modernes[6] http://www.rue89.com/chinatown/2009/09/01/...-mao-ou-cravate[7] http://www.rue89.com/tag/mao[8] http://www.rue89.com/chinatown/art-contemp...t-encore-vendre[9] http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/...44507_3260.html[10] http://www.icilachine.com/content/view/1349/504/
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Avec le groupe Noyon, Calais tente de sauver les restes de sa prestigieuse industrie de la dentelle LE MONDE | 01.10.09 | 14h48 • Mis à jour le 01.10.09 | 14h48 Calais (Pas-de-Calais) Envoyée spéciale
Tulliste, à Calais, on l'est de père en fils. C'est le métier aristocratique de la dentelle. L'un des rares bien payés, dont le salaire est calculé selon le fameux "rack" (l'unité de mesure utilisée dans la dentelle, qui correspond à 1 920 battements de la machine). Même s'il a du graphite sur les mains et jusqu'aux avant-bras, le tulliste est bien "le" patron des machines Leavers, ce gigantesque outil vieux de plus de cent ans.
Cliquez-ici ! Dans les établissements Noyon, numéro un français de la dentelle, on compte encore 80 métiers de ce type. Mais l'heure de gloire de la dentelle est passée. La fortune de la ville, assurée par des machines de contrebande importées de Grande-Bretagne au XIXe siècle, est loin. Au début des années 1920, Calais comptait 110 usines de dentelle qui employaient 45 000 salariés (ouvriers, dessinateurs publics, négociants, teinturiers). Il reste 15 entreprises et 1 500 salariés.
La concurrence asiatique a été violente. Olivier Noyon, PDG de l'entreprise familiale, le sait mieux que personne. "Le choc de la mondialisation a été effroyable, explique-t-il. On voyait l'Asie comme de nouveaux marchés à conquérir. Nous nous sommes installés au Sri Lanka en 2005. Ça a été le contraire, les Asiatiques nous ont tout pris, ils ont inondé nos marchés européens et cherchent à récupérer nos circuits de distribution. Le marché chinois, lui, reste très protégé et quand on crée des sous-vêtements en Chine, on a intérêt à utiliser de la dentelle chinoise."
Le chiffre d'affaires de Noyon à Calais a chuté. De 30 millions d'euros en 2008, il devrait tomber à 17 millions en 2009. Les plans sociaux se sont succédé : le nombre de salariés est passé de 850 en 2002 à 260 aujourd'hui. L'entreprise a été mise sous administration judiciaire le 2 octobre 2008. Le tribunal de commerce de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) a accordé à Noyon, le 24 septembre, une prolongation de six mois de sa période d'observation, qui expire le 2 octobre.
Ce délai doit être mis à profit pour la mise en oeuvre d'un plan de continuation "associant les principaux acteurs de la filière dentelle". La crise est telle que les anciens concurrents décident de s'allier. "Noyon est un des maillons importants de la dentelle française, affirme M. Noyon, et son sort est intimement lié à celui de toutes les sociétés de la filière. Sa disparition, tout comme l'éventualité de la voir partir dans des mains étrangères, représentait un risque majeur pour la profession et a justifié la mobilisation qui s'est mise en place pour préserver un savoir-faire apprécié des clients du monde entier."
La robe de Grace Kelly
Toute la filière souffre. Desseilles a été reprise par des Lettons. Brunet, racheté il y a plusieurs années par un groupe chinois, compte fermer son site calaisien. La principale teinturerie de dentelle en Europe, Bellier, en redressement judiciaire, est désormais détenue par ses principaux clients et a dû licencier près d'un tiers de son personnel. Grâce à une aide publique, elle a pu se diversifier dans la maille. A Caudry (Nord), où l'on fabrique de la dentelle pour le prêt-à-porter haut de gamme, la société Sophie Hallette a vu fondre son chiffre d'affaires de moitié en trois ans, comme son personnel (300 à 150).
Sophie Hallette, comme Solstiss - qui a réalisé la robe de mariage de Grace Kelly - devraient faire partie du plan de continuation de Noyon. A terme, l'objectif est de monter un fonds pour protéger la filière des délocalisations asiatiques d'un savoir-faire. Mais aussi de toute tentative franco-française de bradage.
Malgré des démarches politiques locales, la proposition de reprise de Bernard Krief a été jugée plus qu'insuffisante par le tribunal de commerce. L'homme d'affaires proposait un plan de cession - sans reprise de dettes - et 150 000 euros pour des actifs estimés à plus de 20 millions (entre l'usine au Sri Lanka, les 80 métiers Leavers et 3 hectares de bâtiments à Calais), en ne conservant que 80 des 260 salariés. Sans dessiner un avenir crédible pour Noyon.
Nicole Vulser Article paru dans l'édition du 02.10.09
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Des taxis noirs londoniens "made in China" LE MONDE | 07.10.09 | 14h52 • Mis à jour le 07.10.09 | 14h52 Londres Correspondant
Faisons un test. Demandons à une personne qui ne serait jamais allée à Londres de nous décrire une image de la ville telle que le cinéma l'a gravée en elle. Les taxis noirs sillonnant la capitale avec leur lumière orange seraient inévitablement mentionnés. Frappé de plein fouet par la récession, ce fleuron des meilleures traditions d'Albion vient de se tourner vers la Chine pour assurer son avenir.
Cliquez-ici ! La création d'une coentreprise entre Manganese Bronze, premier constructeur de "black cabs" du royaume, et le groupe chinois Geely doit relancer la production de ces véhicules trapus aux allures de fiacres motorisés. L'usine de Shanghaï doit assembler un millier de taxis par an. Le nouvel associé a également pris 20 % du capital de la firme de Coventry. Depuis la faillite, en 2005, de MG Rover, l'essentiel de la production automobile britannique est assuré par des groupes étrangers. Manganese Bronze est désormais le premier constructeur national.
La crise économique a toutefois fait plonger jusqu'à 40 % la demande de taxis noirs au Royaume-Uni au cours de l'année écoulée. En diminuant les recettes des 21 000 chauffeurs londoniens attitrés, la concurrence des "mini cabs", véhicules sans signe distinctif que l'on doit appeler au préalable, a pénalisé le renouvellement du parc. La production quotidienne de taxis noirs est tombée à douze véhicules. Par ailleurs, la compagnie a été contrainte de mettre fin à l'accord de distribution à Chicago et à San Francisco en raison d'un désaccord avec son représentant américain.
"Londres a le meilleur système de taxi au monde. La popularité de la marque constitue un formidable atout à l'exportation", clame John Russel, directeur général de Manganese Bronze. Et de rappeler que pour qu'un taxi soit homologué, il faut que le véhicule puisse virer de 180° quasiment sur place, prévoir un emplacement spécial pour les bagages à côté du chauffeur. La hauteur "convenable" doit permettre d'y prendre place sans ôter son haut-de-forme. A l'écouter, la conduite n'admet aucun laisser-aller.
L'antenne chinoise doit servir de tremplin pour s'attaquer à l'Asie du Sud-Est et au Proche-Orient. Des exploitants de pays anglophiles comme l'Espagne et le Portugal se sont dits intéressés par ce symbole d'un certain art de rouler. Voire d'un art de vivre.
Marc Roche Article paru dans l'édition du 08.10.09
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La Chine s'affirme comme grande puissance mondiale, par Bruno Philip LE MONDE | 07.10.09 | 14h06 • Mis à jour le 07.10.09 | 14h06
L'impressionnante parade militaire organisée à Pékin, jeudi 1er octobre, à l'occasion du 60e anniversaire de la fondation de la République populaire vient de boucler un cycle d'occasions qui ont montré à quel point les dirigeants de la troisième économie mondiale revendiquent désormais sans complexe le statut de grande puissance pour leur pays. "Aujourd'hui, la Chine socialiste se tient solidement debout à l'est, face à l'avenir", a proclamé dans son discours du 1er octobre le président Hu Jintao, vêtu d'un costume similaire à celui que Mao portait soixante ans plus tôt.
En août 2008, les Jeux olympiques de Pékin avaient symbolisé le retour en fanfare de la Chine sur la scène mondiale. En novembre 2008, au G20 de Washington, la Chine était apparue comme un acteur essentiel du sauvetage de l'économie mondiale mise à mal par la crise financière. Au G20 de Londres, au printemps, des commentateurs avaient même avancé que le G20 devrait s'appeler G2, puisqu'il n'y a que deux pays qui comptent vraiment : les Etats-Unis et la Chine !
En juillet, lors du sommet sino-américain de Washington, il était frappant de voir comment de nombreux experts chinois des questions stratégiques et financières analysaient le rapport de force entre Washington et Pékin : le ton de leurs interviews laissait clairement entendre que la Chine était désormais en mesure de dicter certaines de ses conditions.
Un certain professeur Yu Wanli, du Centre des études internationales et stratégiques de l'université de Pékin, se réjouissait à la pensée que, si Washington voulait faire à nouveau pression sur la République populaire afin qu'elle consente à apprécier sa monnaie nationale, fortement sous-évaluée par rapport au dollar, le moment était mal choisi : la Chine finance une partie de la dette des Etats-Unis puisqu'elle a déjà acheté pour quelque 800 milliards de dollars de bons du Trésor américains...
La Chine suscite à l'étranger des réactions complexes : elle est perçue comme une puissance avec laquelle il est nécessaire d'avoir des relations apaisées. Mais son "émergence" - et peut-être la façon dont Pékin se rengorge devant les manifestations de sa nouvelle puissance - est source d'inquiétude. Entre autres exemples, sa compétitivité dans le domaine des échanges commerciaux a, selon des instituts de recherche américains indépendants, fait perdre en moyenne 350 000 emplois par an aux Etats-Unis depuis que la Chine est devenue membre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), en 2001.
Dans le domaine militaire, en revanche, les menaces que pourrait faire peser sur le nouvel ordre mondial une armée engagée dans un processus de modernisation n'alarment pas - encore - les experts : en termes de "capacité de projection" loin de ses frontières, la Chine est encore en retard de deux décennies par rapport aux Américains si elle voulait soutenir un conflit prolongé.
Si le XXe siècle fut celui des Américains, le XXIe serait-il celui de la Chine ? L'assertion est prématurée, même si ce que les responsables pékinois ont baptisé "ascension pacifique" prouve aujourd'hui, et de manière sans doute durable, que la Chine ne va pas cesser de se hisser sur les barreaux de l'échelle de la diplomatie mondiale. Dans leur livre consacré à la confrontation sino-taïwanaise (La Chine en quête de ses frontières, Presses de Sciences Po, 2005), Jean-Pierre Cabestan et Benoît Vermander ont fait une analyse de la sémantique utilisée par le pouvoir, remarquant que le terme da guo (grande puissance) était utilisé de manière croissante en Chine. Certes, ajoutaient-ils, "ce statut n'est pas considéré (par les Chinois) pleinement acquis encore". Ils insistaient sur le fait que si sa politique étrangère est en phase "expansionniste" et s'oriente dans un rôle voulu de puissance de premier plan, la Chine estime que son statut de leadership mondial "ne (lui) sera reconnu que si elle prouve sa capacité à jouer avec maîtrise et pondération dans son environnement régional".
La Chine, grand pays qui fera de plus en plus fair valoir les droits conférés par sa puissance, tout en se comportant comme un "bon citoyen" du village global ? Richard Baum, sinologue et professeur à l'université de Los Angeles, estime que le principe cardinal de la diplomatie chinoise de "non-interférence" dans les affaires intérieures d'autres pays a donné lieu ces derniers temps à "des ajustements pragmatiques de la part de Pékin, mais la plupart du temps en conjonction avec des pressions internationales pour intervenir dans des crises d'ordre humanitaire". Interventions dans laquelle s'engage de manière croissante l'armée chinoise.
A Pékin, des voix modérées n'hésitent pas à relativiser les limites de la "puissance" de cet empire du Milieu au rôle central. Comme le dit Shi Yinhong, professeur de politique internationale à Pékin : "La Chine a récemment fait de grands progrès mais doit encore surmonter de nombreuses faiblesses : elle n'est pas très avancée en matière technologique, son environnement écologique est dégradé et, dans certaines de ses campagnes, on vit dans un climat d'anarchie partielle. On peut vraiment faire mieux, beaucoup mieux !" Courriel : philip@lemonde.fr.
Bruno Philip (Correspondant à Pékin) Article paru dans l'édition du 08.10.09
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Les procès anti-mafia de Chongqing captivent les Chinois LE MONDE | 20.10.09 | 15h30 • Mis à jour le 20.10.09 | 15h30 Shanghaï Correspondant
Cheveux noirs plaqués autour d'un visage rond, l'air buté, Mme Xie Caiping monopolise l'attention de la presse chinoise depuis l'ouverture, le 12 octobre, des procès de Chongqing, cible d'une vaste campagne anti-gangs depuis le mois de juin. Cette petite femme replète de 46 ans, ancienne fonctionnaire de l'administration des impôts, a dirigé près de 80 salles de jeu illégales dans cette mégapole du centre de la Chine, érigée depuis 1997 au rang de municipalité comme Pékin, Shanghaï et Tianjin.
Cliquez-ici ! Accusée, entre autres, de séquestration illégale et de corruption active, ce parrain en minijupe a aussi captivé par son supposé appétit sexuel, à l'image de ces personnages officiels corrompus dont les frasques sont systématiquement jetées en pâture à l'opinion publique.
Selon des "fuites" organisée, Mme Xie aurait entretenu... 16 jeunes amants. Au tribunal, elle ne s'est cependant expliquée que sur sa relation avec l'un des co-accusés, Luo Xuan, 28 ans, employé comme chauffeur et manager de l'une de ses salles de jeu. Elle avait acheté à ce dernier une voiture, un salon de coiffure, et mettait à sa disposition une carte de crédit.
Certains internautes, et même la presse, se sont interrogés sur la réalité du nombre d'amants alors que le dossier d'accusation qui incrimine l'ancienne fonctionnaire, et qui compte 70 pages, semble rempli de détails autrement plus sérieux.
Mme Caiping avait échappé de justesse à une descente de police, il y a neuf ans, dans l'un de ses casinos. Arrêtée quatre ans plus tard, mais libérée après cinq mois seulement de détention, elle avait alors remonté en un tour de main ses activités de jeu clandestines. Il faut dire que la chef de gang avait pour beau-frère Wen Qiang, numéro un de l'administration judicaire de Chongqing, et vice-chef de la police de la ville de 1992 à 2008.
Ce gros bonnet, qui couvrait de multiples activités mafieuses, a été arrêté début août par Wang Lijun, un incorruptible chargé en 2008 par le tout-puissant secrétaire général du parti, Bo Xilaide, de "nettoyer" Chongqing. Le procès de l'ex-flic "ripoux" aura lieu ultérieurement dans une autre ville.
Coups de machette
Xie Caiping, elle, fait partie des 14 chefs de gangs qui comparaissent avec leurs hommes de main dans plusieurs tribunaux de l'immense municipalité. A la troisième cour intermédiaire du Peuple, Liu Zhongyong, caïd qui possédait des mines de charbon illégales, doit répondre avec ses hommes de plusieurs homicides. A la deuxième cour intermédiaire, deux jumeaux de 23 ans, Zhang Bo and Zhang Tao, se défendent de contrôler plusieurs casinos, et d'avoir fait tailler en pièces, à coups de machette, des mauvais payeurs.
Tous ne sont que les petites mains d'un inextricable réseau de connexions mafieuses, l'envers d'un décollage économique foudroyant. L'opération anti-mafia a conduit à ce jour à l'arrestation d'au moins 2 000 personnes, dont des dizaines de policiers, une demi-douzaine de commissaires, près d'une cinquantaine d'officiels et trois entrepreneurs milliardaires.
Brice Pedroletti Article paru dans l'édition du 21.10.09
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Planète Chinois - La revue de tous ceux qui étudient le chinoisLa revue Une première en France
À l'origine revue bilingue chinois-anglais conçue pour allier apprentissage de la langue et découverte de la culture chinoise, The World of Chinese privilégie les documents contemporains et met l'accent sur l'extraordinaire vitalité de ce pays.
En adaptant les contenus à un public francophone avec la revue Planète Chinois, les éditions SCÉRÉN-CNDP souhaitent répondre à la forte croissance de l'enseignement du chinois en France. Étudier le chinois et découvrir une culture
Publication trimestrielle, chaque numéro rassemble reportages, interviews et dossiers, s'attachant aussi bien à l'opéra traditionnel chinois qu'au quotidien d'une femme chef cuisinier…
L'apprentissage de la langue écrite et orale accompagne en douceur toutes les rubriques et se prolonge en ligne grâce à des dossiers multimédias composés de vidéos, de documents sonores et de compléments pédagogiques.
Grâce à son approche variée, Planète Chinois s'adresse aussi bien aux débutants qu'aux lecteurs plus expérimentés. De superbes photos et une maquette soignée invitent au voyage culturel et linguistique.
Planète Chinois, revue trimestrielle culturelle et linguistique pour apprendre le chinois, est publiée sous l'autorité scientifique de Joël Bellassen, inspecteur général de chinois.
Trimestriel No1 sept 2009 6.90€ http://planete-chinois.cndp.fr/la-revue.html (IMG: http://planete-chinois.cndp.fr/fileadmin/template/img/revue.jpg)
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Dragon

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Le monde Le président du Comité international olympique (CIO), le Belge Jacques Rogge, aurait-il conclu avec la Chine un accord avant l'attribution des Jeux de 2008 à Pékin en échange d'un vote en sa faveur des délégués de la République populaire ? C'est ce qu'affirme, dans un livre choc, l'ancien ministre chinois des sports Yuan Weimin. "Bien que nous n'ayons jamais signé de document avec Rogge, nous avions un accord privé ", écrit l'ex-ministre, qui précise que ledit accord avait été conclu à Genève en présence du maire de Pékin, Liu Qi. Peu après, le 13 juillet 2001, Pékin était choisi pour accueillir les JO 2008. Paris, Toronto et Istanbul voyaient leurs espoirs s'envoler. Trois jours plus tard, Jacques Rogge était élu président du CIO. Toujours selon Yuan Weimin, Jacques Rogge lui raconta dans un discret appartement genevois qu'il jugeait préjudiciable à son élection le choix de Paris pour les Jeux. Cependant, en tant que responsable des comités européens, il ne pouvait se prononcer publiquement pour Pékin. Le plan faillit capoter quand l'un des délégués chinois du CIO, He Zhenliang, indiqua sa préférence pour un candidat concurrent, le Sud Coréen Kim Un-yong. Mais les autorités chinoises le ramenèrent dans le droit chemin.
Dans une interview récemment donnée à un journal de la province du Sichuan, He Zhenliang, aujourd'hui président honoraire du comité olympique chinois, s'indigne des affirmations de Yuan Weimin : "Comment peut-il savoir pour qui j'ai voté ? Le vote est anonyme et secret !" Il s'étonne aussi que le livre dénonciateur ait pu être publié sans passer par la censure, dans la mesure où "il risque de porter atteinte à l'image du pays". Sur le site de l'hebdomadaire cantonais Nanfang Zhoumo, les internautes se déchaînent sur l'affaire. "Quel scoop ! Serait-il vrai que l'on nous a attribué les Jeux non parce que nous les méritions mais parce qu'on avait magouillé ?", se lamente l'un d'entre eux.
Bruno Philip (correspondant
:lol: et peut-etre qu'un jour on aura les resultats des controles de dopage...on peut toujours rever :D
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Chong-Chong, le péril jaune et l’invention du «Chinois»15 Octobre 2009 Par fvillard Avec la montée en puissance de la Chine sur la scène internationale, avec la crise économique, les souffrances sociales et les délocalisations, nous pourrions assister en France au retour d’un racisme larvé contre une « communauté » qui fut temporairement moins touchée que d’autres par les démonstrations xénophobes et discriminatoires. Deux séquences radiophoniques récentes témoignent de la légèreté avec laquelle il est possible de parler des « Chinois » en France, et sont révélatrices d’une parole libérée et sans tabous pour moquer ou stigmatiser cette « communauté ». Les guillemets ne sont pas ici de pure forme car la catégorie du/des « Chinois » est produite par le discours raciste lui-même, et se trouve souvent très éloignée du référent réel auquel ceux qui énoncent ce type de propos souhaiteraient renvoyer. Le premier incident implique Vincent Tuong Cong, nouveau président de l’AS St Etienne, qui fut l’objet d’une moquerie appuyée et de blagues potaches racistes énoncées au milieu d’une crise de fous rires durant l’émission « les paris de RMC » (22/08/09), animée par Vincent Moscato. « Comment il s’appelle l’autre là, le Chinois ? Chong Chong ? », cette déclaration d’un auditeur fut le point de départ d’une prise de parole de l’animateur qui, hilare, s’est lancé dans une succession de moqueries à l’encontre du dirigeant à partir de l’idée, saugrenue à ses yeux, que St Etienne ait pu recruter un « Chinois », terme qu’il répéta à plusieurs reprises d’un ton dubitatif et moqueur. Vincent Moscato poursuivit ensuite sa blague en imaginant le recrutement de Vincent Tuong Cong par le patron d’Adidas, Robert-Louis Dreyfus, dans une usine de ballons en Chine lorsqu’il avait douze ans… L’affaire n’est pas passée complètement inaperçue. Elle fut relayée dans certains médias locaux (Le Progrès) et sur internet (rue89.com). La Secrétaire d’Etat aux Sports, Rama Yade, s’est inquiétée de ce type de propos sur RMC. Une réaction rassurante, à la différence de celle de l’animateur vedette de RMC ce matin-là qui estimait qu’il n’y avait « pas de quoi fouetter un chat » ! Le caractère raciste des propos ne fait guère de doutes et l’AS St Etienne a porté plainte pour « injures raciales » envers son dirigeant. Cet épisode révèle la capacité d’un discours à construire son propre objet, en l’occurrence ici, le « Chinois ». La dimension objectivante du discours n’est pas nouvelle et fut étudiée par nombre de penseurs, Foucault en premier chef. Le discours sur l’autre, raciste ou simplement exotique, contribue à la construction des catégories, et taille dans le réel granuleux, complexe et hétérogène des communautés homogènes et stables. Peu importe finalement les « origines » de Vincent Tuong Cong qui, comme tout individu, est beaucoup plus que sa nationalité, celle de ses parents, son lieu de naissance ou même sa culture et sa langue. Nous dirons simplement ici qu’il a une relation, une histoire, plus ou moins lointaine, plus ou moins imaginaire, avec un/des lieux en Asie. Moscato, lui, il sait, il devine, avec un nom pareil, c’est un « Chinois », et il embraye, la machine discursive démarre pour ne plus s’arrêter. Violent, le propos l’est car il fonctionne comme assignation identitaire. Quelques semaines après, au cours du 7/10 de France Inter (04/09/09), nouvel épisode lorsqu’une auditrice pose une question à l’économiste Daniel Cohen venu évoquer la crise financière. Elle s’inquiète de la Chine et de « l’extension de cette économie de façon sournoise et silencieuse », elle se demande pourquoi les « Chinois » sont peu présents dans les associations caritatives, notant qu’ « il y a fort peu de nécessiteux de cette population », elle se préoccupe de leurs « petites activités qu’ils occupent notamment à Paris dans le quartier de Belleville », des « bistrots tenus par des Chinois ne parlant même pas français », et de la généralisation mondiale du phénomène : « en Grèce, à Thessalonique on retrouve des échoppes, en Sicile, on retrouve des échoppes, enfin partout dans le monde. » Dans le prolongement de l’affaire Vincent Moscato, nous retrouvons ici l’objet homogène, construit par le discours, des « Chinois » : les « Chinois » à Paris, en Grèce, en Sicile, « partout » dans le monde… Alors que la « communauté asiatique » en France, et à fortiori chinoise, se compose de groupes et d’individus ayant des histoires, des cultures, des langues, des pays d’origines, des relations à la Chine, d’une infinie diversité, le discours sur l’Autre construit implicitement par cette auditrice fonctionne comme ciment d’unification autour de la catégorie des « Chinois ». Le racisme larvé des propos ci-dessus dépasse l’énoncé individuel de cette auditrice qui s’inscrit, malgré elle, dans un imaginaire collectif déjà ancien sur la Chine et les « Chinois ». Les discours et les représentations de l’Autre ont une histoire, et le référent des énoncés n’est pas à rechercher dans une quelconque identité ou réalité chinoise, mais plutôt dans les textes et les discours tenus dans le passé sur la Chine en France, en Europe et en Occident. La supposée discrétion des Chinois (l’économie « silencieuse », les « petites activités », leur invisibilité parmi les « nécessiteux ») renvoie ici à un discours très ancien sur l’hypocrisie et la sournoiserie de ces derniers, sous-entendant qu’il s’agit d’être sur ses gardes et soupçonneux de cette population malgré l’absence de manifestations tangibles. L’incapacité à s’intégrer, prouvée par le marqueur identitaire français de la langue, est un autre cliché ancien associé au caractère soi-disant secret de cette communauté. Enfin, on retrouve ici, en sous-texte, la peur diffuse du fameux « péril jaune », l’idée qu’ils sont en train, petit à petit et toujours discrètement, d’envahir le monde. En concluant sa question sur l’hypothèse d’une revanche des « Chinois » sur l’histoire, et sur l’Occident, pour expliquer cette invasion, l’auditrice va plus loin et évoque implicitement une intention commune, un projet conscient des « Chinois », cet objet produit par son discours. Ces clichés, produits d’un imaginaire européen ancien et dont il ne faut pas oublier l’histoire, déjà présents dans les écrits de Hegel, sont réactivés en même temps que la Chine et sa puissance s’imposent dans nos représentations. Les évènements de ces dernières années témoignent de l’accumulation de dossiers sensibles entre la Chine et la France (Tibet, Jeux Olympiques, Droits de l’homme, dumping social…), autant de sujets dont il est légitime de débattre mais sur lesquels peut malheureusement très facilement se greffer un discours raciste dépassant la Chine en tant qu’Etat pour cibler les « Chinois », catégorie confuse et susceptible de ratisser très large. Les clichés et stéréotypes véhiculés par le racisme ne sont énonçables que dans la mesure où le discours a, au préalable, inventé son propre objet. Sans nier, ni condamner (« ils ne parlent même pas français »), les différences et les identités comme peut le faire l’idéologie républicaine, c’est cette opération discursive initiale de construction des catégories raciales, ethniques, culturelles, linguistiques… qu’il s’agit d’interroger et de déconstruire pour pouvoir penser sereinement la multiplicité et l’hybridité culturelle de nos sociétés. Florent Villard, Maître de conférences, Université de Lyon (Jean Moulin), auteur de Le Gramsci chinois: Qu Qiubai penseur de la modernité culturelle, (Tigre de papier, 2009). s : http://www.mediapart.fr/
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http://www.booksmag.fr/magazine/a/wolfgang...un-inculte.htmlNumero 10 Novembre-Décembre Littérature Wolfgang Kubin : « Le romancier chinois type est un inculte » Malgré une production abondante et son grand succès à l'étranger, la littérature chinoise contemporaine dépérit. La faute au régime ? Pas seulement. La médiocrité des romans actuels est largement due à l'irresponsabilité des écrivains eux-mêmes. La Chine était l’invitée d’honneur de la récente Foire du livre de Francfort. Pourtant, sa littérature actuelle ne vaut rien, disiez-vous en 2006, dans un entretien à la radio allemande qui a fait beaucoup de bruit. Que reprochez-vous aux écrivains actuels ?
Il faut tout d’abord préciser que ma critique ne visait que le roman, auquel se réduit hélas ! pour la plupart des gens, la littérature chinoise contemporaine. On ne parle jamais de la poésie ou du théâtre. Le pays compte pourtant aujourd’hui une douzaine de poètes qui sont sans aucun doute parmi les meilleurs au monde. Mais ils n’ont aucune visibilité. Aux yeux du public, des maisons d’édition et des historiens de la littérature, ils n’existent pas. Le roman, lui, jouit d’une grande visibilité sur la scène internationale, mais est de bien piètre qualité. Cette opinion est largement partagée par mes collègues. Ce que disent mes homologues chinois, en privé, est bien plus radical encore. Aux yeux de la plupart d’entre eux, le romancier contemporain type est totalement inculte : il n’a aucune culture littéraire, ne maîtrise pas sa langue, ne parle pas un mot d’anglais et n’a pas la moindre connaissance de la littérature étrangère. Selon eux, sur la scène mondiale, les romanciers chinois sont des tubaozi, comme on nomme en Chine les migrants qui ont quitté la campagne pour les grandes métropoles, avec des problèmes d’adaptation : des « péquenauds ». N’est-ce pas un peu exagéré ?Il faut comprendre ces critiques dans une perspective historique. L’état de la littérature chinoise n’a pas toujours été aussi déplorable, mais la très riche tradition nationale a été malmenée par les communistes. La littérature chinoise du XXe siècle se divise en deux périodes distinctes : avant et après 1949. La critique des romanciers « contemporains » s’entend par opposition avec la littérature « moderne » de la période républicaine, entre 1912 et 1949 ; aussi éphémère fût-elle, elle s’est enorgueillie d’écrivains de stature internationale, comme Lu Xun. Cette littérature, qui mettait plus l’accent sur l’individu que sur l’État, encourageait la critique sociale et affirmait son indépendance par rapport au régime, était moderne au sens le plus pur du terme. Les écrivains de l’ère républicaine maîtrisaient les langues étrangères. Ce qui leur a permis de forger une nouvelle langue, d’une extrême élégance, qu’on appelle aujourd’hui le chinois « moderne ». À partir de 1949, et jusqu’à la fin des années 1970, le régime communiste a contraint les écrivains à abandonner cette écriture : la langue chinoise a été détruite, exactement comme la langue allemande l’avait été entre 1933 et 1945. Mais la plupart des écrivains étaient consentants ! De nombreux intellectuels de l’époque voulaient abolir cette modernité et renouer avec la société communautaire et traditionnelle. C’est l’une des raisons pour lesquelles la majorité d’entre eux ont soutenu la révolution. Le poète Bei Dao, qui vit à Hong Kong, répète souvent que les auteurs continentaux n’ont jamais vraiment réussi à se débarrasser du discours maoïste. Tout comme les Allemands ont dû le faire, les écrivains chinois doivent désormais réapprendre leur langue. Autrement dit, l’instauration de la République populaire de Chine a tué la littérature moderne dans l’œuf ?Oui. Mais, à partir de la fin des années 1970, nous avons vu se développer un débat sur le socialisme et la démocratie. Et les années 1980 ont marqué une renaissance de la littérature. Des écrits de très bonne qualité ont été produits à cette époque, notamment ceux de Wang Meng, l’auteur du Papillon, qui dispensait une critique très subtile et très intéressante du socialisme chinois. Est-ce le massacre du « printemps de Pékin », en 1989, qui a sonné le glas de ce printemps littéraire ?Le véritable tournant fut plutôt 1992 : la littérature chinoise « moderne » a été tuée une première fois par la révolution en 1949, et une seconde fois en 1992. Avec la célèbre tournée de Deng Xiaoping dans les zones économiques spéciales du sud du pays, au printemps de cette année-là, l’idée de marché triomphe définitivement de l’idéologie communiste pure et dure ; Deng Xiaoping décrète officiellement que s’enrichir est une bonne chose – que c’est même « glorieux » – et qu’être pauvre est une honte. Le climat social et politique en a été bouleversé : nous avons assisté à un renversement complet des valeurs. Jusque-là, être riche n’avait pas d’importance pour un intellectuel chinois. L’essentiel était de se cultiver. À partir de 1992, la plupart des écrivains, y compris les plus talentueux, se détournent de la littérature pour se lancer dans les affaires. Les autres se mettent à écrire des livres qui répondent à la demande du marché, pour vendre. Depuis 1949, les auteurs écrivaient afin d’obtenir du régime avantages et privilèges, se voir octroyer une chaire universitaire, par exemple. À partir de 1992, la littérature devient un pur business. Certains excellents poètes de l’époque ont même abandonné l’écriture, par désespoir et désillusion ; parce qu’il est très difficile de produire des textes de qualité dans une société où l’argent est le seul roi. Il n’y a donc, selon vous, aucun grand écrivain parmi les romanciers chinois contemporains ?La liste des auteurs invités à la Foire de Francfort était éloquente : sur les vingt-cinq écrivains de la délégation officielle, seuls trois ou quatre pouvaient raisonnablement être classés dans la catégorie des romanciers « sérieux » : Chen Ran, qui questionne l’identité féminine ; Liu Zhenyun, et son humour très fin ; Tie Ning, dont le travail sur la condition des femmes est intéressant mais qui, à ma connaissance, s’est retirée et n’écrit plus ; enfin, Wang Meng, dont nous avons déjà parlé. Tous les autres étaient des romanciers usant d’une langue très pauvre et qui servent non pas la littérature, mais leurs intérêts personnels. Comment expliquez-vous, dans ces conditions, l’écho que rencontre aujourd’hui la littérature chinoise ?Incontestablement, ces écrivains se vendent extrêmement bien, non seulement en Chine même, mais aussi en Occident (en Allemagne, en France et aux États-Unis). Les critiques que je formule reposent évidemment sur les critères de qualité littéraire qui sont les miens. J’ai, comme mes collègues spécialistes, une conception élitiste de la littérature, que le grand public ne partage pas. La lecture est pour lui un divertissement. Il veut du crime, du sexe et de grandes histoires, denses et pleines d’action : des « sagas », comme celles élaborées par Jin Yong, un Hong-kongais qui reprend les vieilles histoires de cape et d’épée. Lorsque des écrivains français ou allemands publient ce genre de livre, on les range dans la catégorie du divertissement pour un lectorat qui ne veut pas trop réfléchir. Pourquoi avoir un jugement différent sur un écrivain chinois contemporain ? Mais le roman chinois ne se résume tout de même pas, aujourd’hui, aux aventures de cape et d’épée ?Non, mais tous les livres renouent avec les techniques de narration traditionnelles, celles du XVIIIe ou du XIXe siècle, dont la maîtrise n’exige pas une grande habileté parce que le narrateur se confond avec l’auteur dans son omniscience. Les écrivains contemporains n’ont ni les outils ni la culture nécessaires à la conception de romans réellement contemporains, c’est-à-dire postmodernes. Même le célèbre Mo Yan, malgré ses débuts prometteurs, cède désormais à la facilité et écrit des romans à la manière traditionnelle, en utilisant à outrance le vieux ressort de l’allégorie pour exprimer ses critiques sociales. C’est du Jonathan Swift, mais avec deux siècles de retard ! Prenez Le Totem du loup, cet incroyable bestseller planétaire de Jiang Rong : c’est du Jack London version chinoise, en moins bon ! Jiang Rong reconnaît d’ailleurs lui-même cette influence. Les auteurs chinois contemporains n’apportent strictement rien de nouveau : ils sont dépassés. Personnellement, je suis fatigué de ces mauvaises resucées de chefs-d’œuvre anciens. Et je passe sur les idées à connotation fasciste qui irriguent Le Totem du loup ! Les éditeurs occidentaux ont coupé plusieurs passages de la version originale. Le traducteur allemand est l’un de mes anciens étudiants : la maison d’édition lui a demandé d’épurer le texte. Aux États-Unis, le traducteur Howard Goldblatt a fait de même. Vous êtes vous-même traducteur. Ce genre d’intervention sur le texte est-il fréquent ?
Les œuvres chinoises contemporaines sont bourrées d’incohérences : de nombreux passages ne collent tout simplement pas. Les maisons d’édition occidentales nous demandent donc à nous, traducteurs, de remettre un peu de rigueur dans l’ensemble. Les auteurs actuels ne maîtrisent pas ce qu’ils écrivent. Pour répondre aux demandes du marché, ils produisent beaucoup et vite. Au détriment de la qualité et de la recherche du « mot juste ». C’est le cœur du problème : le langage n’est pas leur préoccupation première. Ils ne se bagarrent pas avec les mots, ils les utilisent purement et simplement. La littérature n’a pas pour eux de valeur intrinsèque : c’est pourquoi ils se contentent d’adopter le premier style venu, au goût du jour, celui de la rue et des médias ; un chinois simplifié, répétitif, mauvais. Or la seule et unique préoccupation d’un véritable écrivain doit être, non pas l’argent, mais la langue qu’il utilise. Si lui ne s’en préoccupe pas, qui le fera ? Ce langage de la rue est la marque distinctive d’un très jeune écrivain chinois à succès, Han Han, auteur, en français, des Trois Portes. Que pensez-vous de ce nouveau venu ?Il utilise le langage élémentaire des jeunes d’aujourd’hui et parle de leurs joies et peines de cœur. C’est le même créneau qu’exploite un autre très jeune auteur, Guo Jingming, véritable star auprès des adolescents [voir notre article p. 8]. Leurs livres sont à l’image d’une génération narcissique et égocentrique – celle de l’enfant unique qui avait pour lui seul deux parents et quatre grands-parents. On retrouve ce narcissisme et cet égotisme chez des écrivains plus sérieux, comme Chen Ran, dont les personnages féminins passent leur temps à se regarder dans le miroir. À ceci près que Chen Ran utilise ce narcissisme pour porter un regard original et critique sur la femme chinoise moderne. Les succès de Han Han ou de Yu Hua, dont le roman Brothers a été salué en France, ne tient-il pas aussi à leur façon de témoigner de la vie des générations actuelles ?
À croire que les lecteurs ne savent pas ce qu’est la Chine d’aujourd’hui et ont besoin de mauvais romanciers pour le leur dire ! J’ai l’impression que rares sont les lecteurs occidentaux qui s’intéressent à la littérature chinoise par amour des textes : ces livres sont pour eux un matériau sociologique. Mais il n’est jamais bon de réduire la littérature à un simple miroir du présent. Un grand écrivain doit savoir s’abstraire de l’air du temps s’il veut construire une œuvre atemporelle. Quand tous ces romanciers mourront, leurs écrits mourront avec eux. Mais on ne peut pas parler de témoignage éphémère à propos de Brothers, qui retrace un demi-siècle d’histoire du pays, et qui porte une charge critique qui lui a valu d’être salué par la critique française ?Je ne suis pas d’accord. Où est la véritable critique du régime dans ce roman ? Yu Hua reste très politiquement correct. Ce n’est pas assez ! D’ailleurs, ni l’auteur ni sa maison d’édition n’ont été ennuyés par le régime. Aucun romancier actuel n’ose aborder les vrais sujets politiques, comme le Tibet ou la question du communisme. La pression du régime y est sans doute pour quelque chose…
C’est ce que disent la plupart des auteurs chinois, qui invoquent la pression politique qui les empêcherait d’écrire de bonnes choses. Mais les pays d’Europe de l’Est et la RDA comptaient d’excellents auteurs avant 1989. Ces écrivains publiaient tout simplement à l’étranger, exactement comme ont choisi de le faire des poètes chinois, tel Bei Dao, pour ne citer que lui. Les romanciers de Chine continentale pourraient publier à Hong Kong, à Macao ou même aux États-Unis, mais ils ne le font pas. Ils ont choisi de se taire, de rester politiquement corrects, pour continuer à bénéficier des avantages financiers et des privilèges dispensés indirectement par l’État. Je suis las de cette idée selon laquelle le pouvoir serait l’unique responsable du déclin de la littérature depuis 1949. C’est vrai en partie, mais, pour l’essentiel, la médiocrité de la littérature chinoise vient de l’irresponsabilité des auteurs eux-mêmes. La littérature chinoise ne se relèvera que le jour où les auteurs oseront affronter cette question : quelle doit être la position de l’écrivain chinois face au monde ? Actuellement, aucun n’a le courage de se poser en conscience critique de la Chine. Propos recueillis par Suzi Vieira.
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Published on Rue89 (http://www.rue89.com) Yan Lianke met le "tourisme rouge" à la sauce chinoise By Bertrand Mialaret Created 10/31/2009 - 15:00 Yan Lianke à Paris, Oct 09 (B. Mialaret) (IMG: http://asset.rue89.com/files/imagecache/asset_wizard_width/files/PierreHaski/Yan_Lianke_Paris.jpg) Parfois interdit, parfois primé, le romancier chinois Yan Lianke ne laisse pas indifférent dans son propre pays. Il récidive avec son dernier ouvrage « Bons Baisers de Lénine », son préféré, dans lequel il joue avec les symboles du communisme et de la société de consommation, en bref avec les contradictions de la Chine actuelle. Il vient de le présenter à Paris où nous avons pu le rencontrer. Un village d'éclopés, Benaise, héros du livre cat_1255427811_1.jpgBenaise est un village de handicapés, créé par des laissés pour compte lors de migrations forcées du passé dans l'Ouest du Henan (la province natale de l'auteur). Deux personnages principaux : Mao Zhi a près de 70 ans en 1990, elle a participé très jeune à la Longue Marche de Mao Zedong [1], et est de fait chef du village. Le nouveau chef du district, Liu Yingque, a été recueilli à six mois par le chef de l'Ecole du Parti. Il a franchi beaucoup d'échelons et son ambition le pousse à développer le tourisme « rouge ». Un mausolée est construit, mais il faut de l'argent pour acheter aux Russes la momie de Lénine en mauvais état et qui les encombre ! [Invraisemblable ? Allez voir ce reportage du Quotidien du Peuple [2], l'organe du parti communiste chinois, sur son site en Français, ndlr] Benaise compte nombre d'aveugles, de sourds, de muets, de boiteux et ce sont eux qui vont former une troupe de cirque et récolter beaucoup… beaucoup d » argent : l'unijambiste coureur de vitesse, l'aveugle qui entend tomber les plumes, la brodeuse paralytique… Le village à la jonction de trois districts vivait heureux autrefois, abandonné de tous, mais Mao Zhi, en bonne communiste en fait une Commune Populaire d'handicapés. Le « Grand Bond en Avant » [3] puis la « Révolution Culturelle » [4] ont été fort mal vécus par les Benaisiens qui rendent Mao Zhi responsable des excès commis par les gens de l'extérieur, des Gens-Complets ! Liu accepte de rendre à Benaise son autonomie, de « déjointer » le village, mais il faut lever plus d'argent avec une deuxième troupe… Après la dernière représentation, lors de l'inauguration du mausolée, les Benaisiens sont dévalisés puis emprisonnés et pour boire et manger doivent sacrifier leurs derniers sous et la vertu des petites filles de Mao Zhi. Tout cela finira mal avec la mort de Mao Zhi et l'accident de Liu, mais Benaise enfin « déjointée » va pouvoir couler des jours heureux. Vivons heureux, vivons cachés… Le titre chinois du livre (bien plus adapté ! ), était « La joie de vivre », celle des Benaisiens quand ils étaient loin des remous de l'histoire. Les « Gens Complets » sont de bien vilains personnages : Mao Zhi lors de la Longue Marche est violée par son chef de peloton de l'Armée populaire de libération ; Liu fait des quadruplées naines à la fille de Mao Zhi et disparaît… Mais Liu est finalement condamné par le Parti. Yan Lianke tombe t-il dans le politiquement correct ? Non, mais il n'évoque guère la corruption des officiels dans les grands projets touristiques ! Mao Zhi croit en la Révolution, mais ses interventions honnêtes et courageuses n'amènent que des catastrophes. La composition est très habile entre le présent et les événements historiques qui souvent sont traités en commentaires à la fin des chapitres. Les variations de style sont un plaisir entre le poétique rural à la Shen Congwen, le délire des funérailles de Mao Zhi suivies par les Benaisiens et les chiens estropiés en pleurs, le réalisme magique de sa petite fille Huaihua, naine, qui grandit car elle couche avec des « Gens Complets ». On ne peut oublier les satires d'épisodes historiques avec la campagne de production d'acier qui ne laisse pas une marmite en fer au village ou la Révolution Culturelle où il faut à tout prix trouver un propriétaire foncier exploiteur ! Un roman explosif et primé Yan Lianke a été présenté sur Rue89 lors de la publication de « Les Jours, les Mois, les Années » [5], à l'occasion de l'interview par Pierre Haski à Pékin pendant les JO [6], ou de sa chronique sur « Le Rêve du Village des Ding » [7]. Il a bien voulu répondre à quelques questions avec la traduction de Chen Feng, directrice de collection aux Editions Philippe Picquier : Vous n'êtes pas à la Foire du livre de Francfort ? Non, j'ai été invité mais je n'ai pas eu l'approbation des autorités chinoises [8]. Mais je suis heureux d'être à Paris où mon éditeur et de nombreux lecteurs m'ont soutenu dans des moments difficiles. Tous les écrivains ne vont pas à Francfort : un grand écrivain comme Wang Anyi [9], qui est pourtant Vice-Présidente de l'Union des Ecrivains, n'y va pas car elle trouve que ce Salon est celui des JO de la littérature chinoise, très loin de la littérature… Moi même, je ne travaille plus pour l'Union des Ecrivains ; c'est une organisation critiquée mais qui a aidé beaucoup d'écrivains à survivre dans le passé avec les très maigres droits d'auteur payés en Chine. Je suis maintenant Professeur à l'Université du Peuple à Pékin. Je vois votre surprise compte tenu de l'image de cette université (surtout dans le passé), mais j'ai rencontré le Vice Président de l'université qui a une approche très libérale. Cependant il vaut mieux que je ne parle pas trop à mes collègues de mon livre récent « Elégies et Intellectuels » (Fen Ya Song) qui traite du manque de courage des intellectuels des universités de Pékin et de leurs efforts pour s'intégrer dans le système ! Il existe peu de livres sur les intellectuels : « La Capitale Déchue » de Jia Pingwa [10], après seize ans d'interdiction est de nouveau publié mais peut être est-ce dû au fait que Jia Pingwa est Président de l'Union des Ecrivains de Xian ; mes livres à moi qui ont été interdits, le restent ! « Bons Baisers de Lénine » est un de vos livres préférés : Pourquoi ? C'est un des trois que je préfère. Ce livre n'a pas été censuré (contrairement à ce que dit la jaquette du livre ! ) et a obtenu le prix littéraire Lao She. Mais c'est vrai que les réactions des autorités militaires à ce livre ont été virulentes et ont entraîné mon départ de l'armée. Liu Yingque, le chef du district, est un arriviste, mais je montre que les équilibristes en politique souvent se cassent la figure ; quant à Mao Zhi, c'est un personnage symbolique des souffrances qu'ont entraînées les excès de la Révolution. La censure nous force à aborder la réalité par des biais symboliques ou détournés mais dans ce livre (contrairement au « Village des Ding » [7]), il n'y a aucune autocensure. Vous avez publié un nouveau livre ? Un livre de souvenirs qui n'est pas traduit et qui à ma grande surprise, a eu beaucoup de succès (200 000 exemplaires) car c'est un livre facile à lire alors que « Bons Baisers de Lénine » est considéré comme un livre difficile avec beaucoup de dialecte et d'inventions verbales. Mais en France, vous avez de la chance, car on me dit que c'est très bien traduit par Sylvie Gentil tout comme « Les Jours, les Mois, les Années » par Brigitte Guilbaud. Je vais terminer dans quelques mois un livre sur la « Campagne Anti Droitière » [11] de l'année 1957 contre les intellectuels en m'intéressant surtout à l'attitude des intellectuels au-delà des « droitiers » ; ce ne sera pas un texte réaliste, ce sera très libéré… ►« Bons Baisers de Lénine », par Yan Lianke. Traduit du Mandarin par Sylvie Gentil. Editions Philippe Picquier 2009. 560 p., 21,50€. Yan Lianke : « pas de pensée indépendante en Chine » [6] Scandale du sida en Chine : de l'enquête au roman [7] Après deux romans interdits, un livre primé du Chinois Yan Lianke [5] Tous les articles sur la littérature chinoise [12] Tous les livres de Yan Lianke aux éditions Philippe Picquier [13] URL source: http://www.rue89.com/chinatown/2009/10/31/...-sauce-chinoiseLinks: [1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Longue_Marche[2] http://french.peopledaily.com.cn/Tourisme/6305784.html[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Bond_en_avant[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Revolution_culturelle[5] http://www.rue89.com/chinatown/2009/03/01/...nois-yan-lianke[6] http://www.rue89.com/hors-jeux/2008/08/24/...ndante-en-chine[7] http://www.rue89.com/chinatown/2007/03/22/...nquete-au-roman[8] http://www.google.com/hostednews/afp/artic...iF5o1z2EHQcilHA[9] http://www.rue89.com/2007/10/12/chine-le-r...amour-apres-mao[10] http://www.rue89.com/chinatown/2009/08/14/...oman-juge-porno[11] http://fr.wikipedia.org/wiki/Campagne_des_...idroiti.C3.A8re[12] http://www.rue89.com/tag/litterature-chinoise[13] http://www.editions-picquier.fr/auteurs/fiche.donut?id=230
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Published on Rue89 (http://www.rue89.com) Les éditions Bleu de Chine reprises par Gallimard By Pierre Haski Created 10/25/2009 - 17:35 Afficher dans les brèves: Afficher dans les brèves C'est la fin d'une aventure solitaire ; Mais la bonne nouvelle, c'est que l'aventure continue. Celle de Bleu de Chine [1], un maison d'édition spécialisée sur la Chine, comme son nom l'indique, fondée et tenue à bout de bras depuis une décennie par une femme passionnée, Geneviève Imbot-Bichet. « Bleu de Chine », qui avait d'énormes difficultés à survivre, a été repris par le géant Gallimard. « Bleu de Chine » dispose de plus d'une centaine de titres à son catalogue, des petits livres aux couvertures séduisantes, généralement des tableaux d'art contemporain chinois. Parmi les auteurs importants publiés par cette petite maison, malgré son incapacité à rivaliser avec les « gros » pour racheter des manuscrits, l'ancien ministre de la culture Wang Meng, Da Lai, le très Pékinois Liu Xinwu, Wang Anyi [2], le cinéaste Wang Chao [3] ou encore l'écrivain d'avant-guerre Eileen Chang [4]. Pendant des années, Bleu de Chine a été un « one-woman-show », Geneviève Imbot-Bichet travaillant seule, avec un de ses fils pour faire la mise en page, et un réseau d'amis pour l'aider à faire vivre une maison d'édition indépendante et exigeante, avec des livres dont certains ne se vendaient qu'à quelques centaines d'exemplaires mais permettaient de faire découvrir l'étendue de la diversité de la littérature chinoise. Geneviève Imbot-Bichet, une sinologue qui fut en poste à Pékin et connait parfaitement le monde de la littérature chinoise, restera la responsable de la programmation de Bleu de Chine au sein du groupe Gallimard - tout en s'occupant par ailleurs de la programmation de la « Maison de la Chine » [5], à Paris. Tous les articles sur la littérature chinoise [6] Le site des éditions Bleu de Chine [1] Gallimard reprend Bleu de Chine, sur le blog de la Bibliothèque de Lauris [7] URL source: http://www.rue89.com/node/123321Links: [1] http://www.bleudechine.fr/[2] http://www.rue89.com/2007/10/12/chine-le-r...amour-apres-mao[3] http://www.rue89.com/chinatown/2009/08/22/...oyenne-chinoise[4] http://www.rue89.com/la-mostra-de-venise/2...ez-eileen-chang[5] http://www.maisondelachine.fr/[6] http://www.rue89.com/tag/litterature-chinoise[7] http://bibliotheque-lauris.blogspot.com/20...u-de-chine.html
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Published on Rue89 (http://www.rue89.com) Chine : 16 ans après, la censure autorise un roman jugé porno By Bertrand Mialaret Created 08/14/2009 - 11:32 Jia Pingwa [1] est un des écrivains préférés du public chinois. Il a reçu, il y a quelques mois, le prix littéraire le plus prestigieux, le prix Mao Dun [2]. Mais ce qui crée l'événement en plein mois d'août, c'est la publication d'un de ses romans, « La Capitale déchue », interdit pour pornographie en 1993. Le roman avait, en son temps, obtenu le prix Fémina [3] étranger en France. Pour plusieurs universitaires, tels Gérémie Barmé et Rong Cai, le marketing du livre, à l'époque de sa première sortie, est un cas d'école, avec des articles de presse le comparant au chef d'œuvre de la littérature chinoise « Le Rêve dans le pavillon rouge » [4], ou à un classique de la littérature érotique du XVIe siècle le « Jin Ping Mei » [5]. L'attention est focalisée sur l'auteur qui aurait touché un million de yuan (100 000 euros) d'avance sur droits, un chiffre astronomique pour l'époque. Quelque mois plus tard, une erreur d'interprétation était corrigée, qui ramenait le chiffre à la moitié ! « La Capitale déchue » fut publiée par épisodes dans une revue littéraire. Le premier tirage du livre est tellement important qu'il est partagé entre deux imprimeurs. Puis l'éditeur revend les droits à plusieurs confrères. Au total, ce livre de 500 pages, vendu l'équivalent d'1,50 euro, sera tiré à plus d'un million d'exemplaires car les rumeurs d'interdiction accélèrent les ventes. Jia Pingwa a une collection de 60 éditions pirates, et la diffusion a atteint probablement 10 millions d'exemplaires. Certains éditeurs ont dupliqué la seule couverture du livre qui leur sert à couvrir des livres pornographiques. Jia Pingwa n'est certainement pas l'auteur d'un livre « jaune » JDM090731feidunews.jpg Pourquoi un tel succès ? Le sexe fait vendre, surtout au sortir d'une période maoïste incroyablement prude. Le livre devient une sorte de manuel d'éducation sexuelle pour les jeunes générations. Mais ce que les lecteurs ont aussi retenu, ce sont les encadrés « ici l'auteur s'est censuré », ajoutés après un début de description aguichant et qui précisent le nombre de caractères retirés. Simple, mais cela stimule l'imagination. Le livre nous conte les aventures d'un écrivain à succès, Zhang Zhide, confronté à une action en justice menée par une ancienne collègue après la révélation d'une liaison supposée. Les escapades sexuelles de l'auteur se termineront par un procès perdu. Les personnages sont des peintres, des calligraphes, des directeurs de troupe, des « travailleurs intellectuels », mais surtout des ratés et des escrocs. Zhang Zhide, écrivain idolâtré à Xi'an, n'écrit plus que des publi-reportages bien rémunérés. La controverse est de grande ampleur. Certains trouvent que le lancement du livre est indigne et son contenu vulgaire alors que Jia a la réputation d'un écrivain de qualité. D'autres se félicitent d'un débat qui relance l'intérêt pour la littérature et soulignent que Jia, avec un cursus politique impeccable, n'est certainement pas l'auteur d'un livre « jaune », un livre pornographique. On en revient à une adoration pour les pieds bandés du passé Pour Jia, c'est son premier livre sur une ville, sur Xi'an, capitale de sa province natale. Sa vision d'une ville et d'une civilisation décadente aurait pu être politiquement explosive, la presse n'a retenu que les passages croustillants. Que des membres de l'intelligentsia se conduisent de manière méprisable a pu choquer. Mais la perte d'autorité morale de l'intellectuel à l'époque est une réalité. Il n'a plus un rôle de porte parole. Cette marginalisation ne peut être compensée par un discours démodé sur les femmes considérées comme simples objets sexuels. On en revient à une vision traditionnelle et même à une adoration pour les pieds bandés du passé. L'interdiction n'est annoncée qu'a la fin de l'année 1993 alors que le livre connaît un succès exceptionnel. Il ne pouvait en être autrement car les campagnes du parti communiste contre la pornographie : « Supprimez les Produits Jaunes », sont un échec malgré le retentissement de celle qui fut lancée à Pékin, un mois à peine après les massacres de la place Tian'anmen. [6] Après l'interdiction, les éditions pirates se multiplient, les exemplaires « officiels » sont saisis et l'éditeur est condamné à de lourdes amendes. Mais Jia Pingwa n'est pas poursuivi par la justice mais par sa femme, qui demande le divorce après, dit-on, la lecture du manuscrit. Les paysans de Shengzhou sont les héros de ses romans Jia Pingwa est né en 1952, à 250 kilomètres de la ville de Xi'an. Cette terre natale de Shangzhou est fort importante dans son œuvre, au même titre que Gaomi pour Mo Yan [7] ou le Hunan pour Shen Congwen. C'est là où sont ses racines même si maintenant il vit à Xi'an. Ses études sont interrompues par la Révolution culturelle [8] et il est « envoyé à la campagne » pour cinq ans. En 1978, il parviendra à enter à l'université et commence à écrire. Il sera pendant huit ans éditeur dans une revue littéraire du Shaanxi [9]. Les paysans de Shengzhou sont les héros de ses nombreux romans et nouvelles. Comme Mo Yan, ce qu'il aime le plus c'est raconter. Les thèmes abordés sont souvent plus importants que l'intrigue et il veut surtout se dégager tant des concepts politiques que des techniques littéraires occidentales, parfois copiées sans grand succès par d'autres écrivains. Deux romans « paysans » ont été publiés en Français en 1990 par Les éditions de Pékin. Un recueil de nouvelles a suivi chez Stock en 1995 : « Le Porteur De Jeunes Mariées ». Après « La Capitale déchue », un roman intéressant « Le Village Englouti » (Stock, 2000) : un village proche de Xi'an tente de résister à l'urbanisation, mais corruption et promoteurs créent un rapport de forces trop inégal. Depuis, plus rien en Français, mais on peut lire en anglais une de ses œuvres majeures « Turbulence », traduit par Howard Goldblatt (1991). Des passages de « La Capitale déchue » ont été remaniés Et pourtant il continue à écrire : six romans depuis « La Capitale Déchue ». Un grand succès, son roman « Qin Qiang » qui obtint l'an dernier le prix Mao Dun. C'est l'histoire d'un personnage un peu fou, obsédé par Bai Xue, une actrice de Qin Qiang (une forme d'opéra de la province du Shaanxi). C'est la vie des paysans sur ce plateau de loess, berceau de la nation chinoise. En 2007, il publie « Heureux », un long roman dont les héros sont deux villageois venus chercher fortune à Xi'an et sont devenus chiffonniers. Le héros est inspiré par un camarade d'école de Jia, un livreur de charbon. Un film a été tourné et le roman a connu une fois de plus un grand succès. Seize ans après, à Xi'an, Jia Pingwa dédicacera les exemplaires de la nouvelle édition de « La Capitale Déchue ». Il semble que le livre soit toujours interdit mais l'éditeur indique qu'il a été remanié, ce qui ne parait pas exact, même si les encadrés sont remplacés par des guillemets. Le livre est vendu en boîtier avec deux autres gros romans (« Turbulence » et « Qin Qiang ») pour 13 €. Les temps ont changé, les censeurs aussi. On ne s'attend ni à des polémiques ni à un succès spectaculaire. Les trois livres de Jia Pingwa publiés en France : * Le Porteur de jeunes mariées récits - éd. Stock - 1998. * La Capitale déchue, trad. de Geneviève Imbot-Bichet - éd. Livre de Poche n° 14614 ou Stock poche (2004) - 860 p. - 12€. [10] * Le Village englouti, trad. de Geneviève Imbot-Bichet - éd. Stock - 2000. Photo : Jia Pingwa chez lui à Xi'An en 2001 (Pierre Haski/Rue89) Tous les articles sur la littérature chinoise [11] Des lectures chinoises pour l'été : le choix de Rue89 [12] Sexe : quand la Chine batifolera… [13] Jia Pingwa's banned novel returns after 17 years, sur Danwei.org [14] la biographie de Jia Pingwa, sur paper-republic.org [15] URL source: http://www.rue89.com/chinatown/2009/08/14/...oman-juge-pornoLinks: [1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Jia_Pingwa[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Mao_Dun[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Femina[4] http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Rêve_dans_le_pavillon_rouge[5] http://fr.wikipedia.org/wiki/Jin_Ping_Mei[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/Manifestation..._Tian'anmen[7] http://www.rue89.com/chinatown/2009/06/24/...celle-du-marche[8] http://fr.wikipedia.org/wiki/Révolution_culturelle[9] http://fr.wikipedia.org/wiki/Shaanxi[10] http://fr.wikipedia.org/wiki/Spécial:Ouvra...ence/223404622X[11] http://www.rue89.com/tag/litterature-chinoise[12] http://www.rue89.com/chinatown/2009/07/27/...-choix-de-rue89[13] http://www.rue89.com/rue69/sexe-quand-la-chine-batifolera[14] http://www.danwei.org/books/jia_pingwas_ab...ned_capital.php[15] http://paper-republic.org/authors/jia-pingwa/
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Published on Rue89 (http://www.rue89.com) Accord UMP-PC chinois : même la majorité rechigne By Julien Martin Created 10/29/2009 - 19:55 Le ton est encore monté d'un cran entre parlementaires UMP. Après les écrits de Frédéric Mitterrand [1], la promotion du fils Sarkozy [2], le protocole signé le 22 octobre [3] entre l'Union pour un mouvement populaire et le Parti communiste chinois fait se fissurer un plus encore la majorité. Au point que le député des Alpes-Maritimes et président du groupe d'amitié France-Tibet, Lionnel Luca, s'est mis en congé de son parti [4], se retirant du conseil national et de la commission d'investitures électorales de l'UMP, après avoir ouvertement critiqué le secrétaire général Xavier Bertrand, mardi, lors de la réunion hebdomadaire de son groupe à l'Assemblée nationale : « Notre électorat de droite anticommuniste ne va pas apprécier, ni les bobos dont on veut avoir les voix. On n'a pas à s'afficher du côté des tyrans. Le PCC est un parti totalitaire avec la responsabilité de millions de victimes innocentes en Chine. » Ce « mémorandum d'entente » est de portée « très générale », selon Le Figaro qui « a eu une copie » [5] et qui le détaille jeudi dans ses colonnes : « Il précise que les deux partis se sont mis d'accord sur des principes, en particulier celui de “non-ingérence dans les affaires intérieures d'autrui” (ce qui déplaît fortement aux défenseurs de la cause tibétaine comme Luca), qu'ils “organiseront un dialogue une fois tous les deux ans, alternativement dans leur pays respectif”, ainsi que “des échanges de délégations”. » « Avoir un mémorandum signé est plutôt maladroit » Quand elles ne s'expriment pas publiquement, les critiques se font en privé. L'ex-Premier ministre et vice-président de l'UMP Jean-Pierre Raffarin, spécialiste des relations sino-françaises, défend ainsi cet accord dans les médias, mais il estime en réalité que « le fait d'avoir un mémorandum signé est plutôt maladroit », a glissé son entourage à Rue89 : « Bien sûr, il y a 76 millions de Chinois qui ont leur carte au PCC et ses dirigeants sont les mêmes que ceux qui sont au pouvoir, donc on ne peut les laisser de côté. Mais si Jean-Pierre Raffarin avait été là, peut-être que les choses auraient été différentes… » Chef de file des députés UMP et meilleur ennemi de Xavier Bertrand, Jean-François Copé a declaré devant la presse : [6] « Pour l'avenir, ce serait une bonne chose que l'on puisse avoir en amont un débat dans les instances du parti » sur de tels accords. Avant de préciser qu'il approuvait quand même « totalement le déplacement de notre premier secrétaire en Chine… euh… de notre secrétaire général ». « Il n'y a eu aucun sujet tabou » Un déplacement effectué le 22 octobre, à l'issue duquel Xavier Bertrand a assuré qu'il « n'y a eu aucun sujet tabou ». L'UMP a parlé de la problématique des droits de l'homme avec le PCC, sous-entend le secrétaire général du parti français face à la caméra de notre partenaire AujourdhuiLaChine.com [3]. (Voir la vidéo) Depuis longtemps, cette question est mentionnée au dessert comme un rituel. Les Chinois savent que les Occidentaux doivent en parler vis-à-vis de leur opinion publique. Les Occidentaux savent que les Chinois savent qu'ils ont un intérêt politique à aborder ce sujet qui fâche. Chacun est dans son rôle et veille à ne pas en sortir… La Chine est-elle encore communiste? Oui, répond Pékin [7] Pour le 60e anniversaire de la Chine, col Mao ou cravate ? [8] L'UMP a un nouvel ami en Chine : le Parti communiste, sur AujourdhuiLaChine.com [3] L'accord avec le PC chinois passe mal à l'UMP, sur LeFigaro.fr [5] URL source: http://www.rue89.com/2009/10/29/accord-ump...rechigne-123915Links: [1] http://www.rue89.com/2009/10/08/mitterrand...te-un-crime-non[2] http://www.rue89.com/2009/10/22/jean-sarko...te-lepad-122947[3] http://www.aujourdhuilachine.com/actualite...e-12520.asp?1=1[4] http://www.lepoint.fr/actualites-politique...te/917/0/389521[5] http://www.lefigaro.fr/politique/2009/10/2...al-a-l-ump-.php[6] http://www.aujourdhuilachine.com/article.asp?IdArticle=12561[7] http://www.rue89.com/chinatown/la-chine-es...ui-repond-pekin[8] http://www.rue89.com/chinatown/2009/09/01/...-mao-ou-cravate
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Qian Xuesen, scientifique chinois LE MONDE | 05.11.09 | 15h28 • Mis à jour le 05.11.09 | 15h28 Etrange destin que celui de Qian Xuesen, le père des technologies aérospatiales chinoises, mort le 30 octobre à Pékin, à l'âge de 97 ans. Il a aussi une part de paternité dans l'essor de la science spatiale américaine. Part qui aurait pu être plus grande encore, si le maccarthysme n'était passé par là. Né à Hangzhou, près de Shanghaï, le 11 décembre 1911, le jeune Chinois rejoint le California Institute of Technology (Caltech, à Pasadena, Californie) en 1936, à 25 ans, après avoir fait ses classes universitaires à Shanghaï, puis au Massachusetts Institute of Technology. Au Caltech, Theodore von Karman, pionnier dans la construction de fusées, le remarque aussitôt, dans la bande de jeunes ingénieurs, bientôt surnommée sur le campus "l'équipe suicide", en raison des explosions qui ponctuaient ses essais. En 1939, quand l'US Army fait appel au Caltech pour mettre au point un système de propulsion pour réduire la distance de décollage de ses bombardiers, il est de la partie. En 1943, il est l'un des rédacteurs du projet militaire qui charge le Caltech de faire pièce au programme allemand de missiles. C'est dans ce texte qu'apparaît, pour la première fois, le sigle JPL, pour Jet Propulsion Laboratory, qui est aujourd'hui encore, à Pasadena, au centre de l'activité d'exploration spatiale américaine. La confiance dans les capacités de Qian Xuesen est alors telle qu'il bénéficie de toutes les accréditations pour travailler au Pentagone sur les projets les plus secrets. En 1945, il est même envoyé en Allemagne, avec le grade de colonel, pour interroger Wernher von Braun, le concepteur des fusées V1 et V2, lors de l'opération "Paper Clip" de récupération des savants allemands. L'ancien nazi deviendra la cheville ouvrière du programme lunaire lancé par John Kennedy. Après la seconde guerre mondiale, von Karman plaide pour l'admission de Qian Xuesen au sein du comité scientifique chargé de conseiller l'Air Force. "A 36 ans, c'était un génie sans égal, dont le travail donnait une énorme impulsion dans l'avancée de l'aérodynamique à haute vitesse et à la propulsion par réacteur", devait écrire son mentor. En 1949, il ébauche un avion spatial parfois considéré comme l'ancêtre de la navette américaine. "C'était le meilleur élève de von Karman", confirmait William Pickering (1910-2004), qui dirigea le JPL de 1954 à 1976. Mais, en 1950, alors qu'il se porte candidat à la nationalité américaine, les zélotes du maccarthysme soupçonnent Qian Xuesen d'avoir eu des sympathies communistes durant les années 1930. On lui retire toutes ses accréditations. Puis les autorités s'inquiètent lorsqu'il décide de retourner en Chine : le jeune colonel en sait beaucoup trop. Il est arrêté à Honolulu, puis placé en résidence surveillée. Sa réclusion "était une triste situation", remarquait William Pickering qui, à la fin de sa vie, croyait se souvenir qu'elle n'avait duré que quelques mois - une mémoire sélective, symptôme de la mauvaise conscience américaine sur cette affaire ? En fait, Qian Xuesen est tenu u au secret jusqu'en 1955, lorsque la Chine obtient son retour en échange de prisonniers américains en Corée, après une lettre adressée par Qian Xuesen à Zhou Enlai, alors premier ministre. Le transfuge se met aussitôt au service de la jeune République populaire : il crée le premier institut de recherche spatiale, d'abord doté de moyens ridicules. Il travaille pour le ministère de la défense, où il participe à la mise au point de la première bombe atomique chinoise, en octobre 1964, et à celle des premiers missiles capables de transporter le feu nucléaire. Les Etats-Unis, qui se mordent les doigts d'avoir laissé partir un tel organisateur, se consolent en considérant qu'il contribue aussi à affaiblir la position de l'URSS, qui doit désormais compter avec une puissance atomique à sa porte. En 1970, Qian Xuesen est crédité de la mise en orbite du premier satellite chinois. La lignée des missiles et des fusées Longue Marche font partie de son héritage. Les avancées plus récentes du secteur spatial chinois lui sont tout aussi redevables : en 2003, la Chine a été la troisième nation capable d'envoyer un homme en orbite, après l'URSS (1961) et les Etats-Unis (1962). En 2007, l'empire du Milieu a confirmé sa maîtrise en lançant sa première sonde vers la Lune. Et a défié les Etats-Unis sur le terrain de la guerre spatiale, en détruisant un de ses propres satellites à l'aide d'un missile parfaitement guidé. L'expérience a durablement ajouté à la pollution de notre banlieue terrestre. Mais elle a prouvé au monde le statut de puissance spatiale de la Chine. Le pays en est reconnaissant à Qian Xuesen. Une foule s'est pressée pour se recueillir devant son cercueil. Des internautes saluent la mémoire "d'une superstar". Au point de gommer une tache noire sur son parcours : au moment du Grand Bond en avant (1958), ses calculs erronés sur les rendements agricoles masquent la famine meurtrière et justifient la lutte sanguinaire du régime contre des "dissimulations de récolte" imaginaires. En 1989, c'est tout naturellement que ce membre du parti condamne les manifestations de Tiananmen. En août dernier, le premier ministre, Wen Jiabao, lui avait rendu visite, pour le féliciter de sa contribution aux technologies militaires chinoises. Le patriarche, passionné de musique classique - Beethoven en particulier -, de peinture chinoise classique et de calligraphie, lui avait répondu que son ambition désormais était de vivre "jusqu'à 100 ans". Hervé Morin avec Bruno Philip à Pékin Dates clés 11 décembre 1911 Naissance à Hangzhou (sud-ouest de Shanghaï). 1936 Entre au Caltech, aux Etats-Unis. 1945 Interroge von Braun en Allemagne. 1955 Expulsé vers la Chine. 1970 Crédité de la mise en orbite du premier satellite chinois. 30 octobre 2009 Mort à Pékin. Article paru dans l'édition du 06.11.09
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Cao Tian Ba, "village écologique modèle" dans le Yunnan LE MONDE | 20.11.09 | 15h17 • Mis à jour le 20.11.09 | 15h17 Kunming (Chine) Envoyée spéciale
ll y a quelques mois encore, Cao Tian Ba était un village anonyme de la province chinoise méridionale du Yunnan. C'est aujourd'hui un village écologique modèle. Cette mutation - signalée par une grande stèle dressée dans la rue principale - a changé le quotidien de ses 140 habitants, des montagnards de la minorité des Miaos.
La panoplie complète des énergies renouvelables est arrivée presque du jour au lendemain : chauffe-eau solaire, équipement de la cuisine au biogaz et une dizaine de lampadaires photovoltaïques pour l'éclairage public. Sur les murs de terre ocre rouge des grandes fermes serrées les unes contre les autres, des dessins expliquent comment fonctionnent ces nouvelles sources d'énergie. Au moins une personne par famille a reçu une formation.
"Je n'utilise plus l'électricité que pour faire marcher mon poste de télévision", explique Pan Jun Rong, 40 ans, chef du village et secrétaire local du Parti communiste qui a convaincu les familles de verser 1 000 yuans chacune (100 euros environ) à ce tribut écologique. Une somme non négligeable pour ces paysans qui gagnent quelques milliers de yuans par an. Le reste a été subventionné par la province.
Dans une cuisine carrelée de céramique blanche, Wang Qin vante devant un réchaud neuf ses nouvelles installations "C'est très pratique, je n'ai plus besoin d'aller dans la montagne pour ramasser le bois", raconte la jeune paysanne. Elle et son mari possèdent six cochons et un hectare de terre sur lequel ils font pousser du maïs, des poivrons et du tabac. " Avant je dépensais 40 à 50 yuans par mois pour l'électricité, aujourd'hui c'est deux fois moins", ajoute-t-elle
Le biogaz est fourni gratuitement aux villageois. Il provient de l'exploitation porcine située à un kilomètre du village. La ferme privée qui élève 20 000 animaux s'est équipée d'une unité de récupération du lisier qui permet, après fermentation, de produire 250 m3 de gaz par jour. De quoi approvisionner la ferme et le village.
La gratuité a été imposée en échange d'une importante subvention de l'Etat. En écoutant Weiyun Wang, le chef du département énergie de la ville de Anning, le district dont dépend le village, on comprend que l'entreprise n'a pas vraiment eu le choix.
Biodigesteur
Dans ces régions rurales déshéritées, le gouvernement ne vise pas seulement à déployer des énergies renouvelables pour freiner les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique. Il cherche aussi à améliorer les conditions de vie des paysans restés à l'écart de la croissance fulgurante enregistrée par le pays au cours de ces dernières décennies.
Ici, le recours au biogaz aide aussi à freiner la déforestation sur les versants montagneux de moyenne altitude. "La présence des arbres permet de réduire l'érosion des sols et des glissements de terrain", insiste le chef du village qui mesure le prix de cette préservation.
Cao Tian Ba est un village de paysans déportés. En 1989, tous vivaient à 80 km d'ici mais furent obligés de partir pour se mettre à l'abri des catastrophes naturelles liées notamment à la déforestation.
Ciao Tian Ba qui est le premier village du district à avoir été équipé de biogaz collectif doit faire des émules. Des projets d'élevage porcin sont à l'étude à proximité d'autres villages. Il existe aussi des programmes pour équiper individuellement les familles. La production de gaz se fait alors à partir de la récupération des excréments humains et du lisier des quelques porcs que possèdent la plupart des villageois. Une subvention de 1 000 yuans par famille est accordée pour l'achat d'un biodigesteur qui vaut en moyenne le double.
Le gouvernement s'est fixé pour objectif national l'équipement de 50 millions de foyers ruraux d'ici à 2010. La moitié a été atteinte en 2007.
Les agences d'aides multilatérales soutiennent ce projet. La France y participe à travers l'Agence française de développement qui finance l'équipement de 27 000 familles dans le Yunnan et de 100 000 dans le Sichuan.
Laurence Caramel
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Premier pollueur mondial
Gaz à effet de serre. La Chine est devenue, en 2006, le premier pollueur mondial devant les Etats-Unis, mais un Chinois émet, en moyenne, cinq fois moins de gaz à effet de serre par an qu'un Américain.
Croissance verte. Pékin veut atteindre 15 % d'énergies non-fossiles d'ici à 2020, selon les objectifs fixés dans son plan national sur le changement climatique.
Energie solaire. 10% des ménages chinois sont équipés de chauffe-eau solaire, un nombre en hausse de 20% par an. La Chine est le premier producteur mondial de panneaux photovoltaïques.
Article paru dans l'édition du 21.11.09
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Dragon

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Les noces contrariées de Mlle Yang, par Bruno Philip LE MONDE | 20.11.09 | 13h30
La Chine postcommuniste reste un cauchemar bureaucratique où les citoyens, malgré un système assoupli au fur et à mesure des réformes économiques, sont encore obligés de se soumettre aux diktats de l'administration. Parfois, certains problèmes semblent sans solutions : en Chine, c'est le dragon qui se mord la queue.
Dans un dossier spécial, l'hebdomadaire "libéral" de Canton, le Nanfang zhoumou, vient de livrer un exemple des plus frappants de ce genre de quadrature du cercle à la sauce chinoise. L'histoire concerne la question du hukou, cette sorte de passeport intérieur qui, depuis les débuts de l'époque maoïste, permet de maîtriser les flux de population. Ce système d'enregistrement obligatoire divise, depuis les années 1950, la population entre "urbains" et "ruraux", au point qu'il a été parfois qualifié de système confinant à un apartheid. L'obsession chinoise de contrôle des personnes ne date cependant pas d'hier : sous la dynastie des Xia, (2100 avant J.-C. - 1600 avant J.-C.), les empereurs enregistraient déjà la population...
Comme nous allons le voir, dans ce saisissant article d'un magazine prompt à dénoncer les abus, les récentes réformes de l'équivalent chinois de ce que l'on appelait la propiska en URSS, continuent de limiter les droits les plus élémentaires du citoyen. C'est l'histoire d'une demoiselle Yang Lei (son âge n'est pas précisé, pas plus que son métier). La jeune fille habite Canton, la grande métropole du sud. Elle est née dans le Shanxi, une province pauvre et rurale située au sud-ouest de Pékin. Elle a fait ses études dans la capitale. Un itinéraire compliqué que les pesanteurs du hukou ne font rien pour arranger.
Disons-le tout de suite, et pour des raisons que nous allons ci-dessous vous conter, Melle Yang ne peut pas se marier. Elle a beau avoir un petit ami avec qui elle veut convoler en justes noces, les contradictions inhérentes aux exigences de ce satané "passeport" l'en empêchent. "Quand je pense que je croyais que le mariage était un droit humain !", s'est-elle lamentée auprès des journalistes. Elle possède à l'heure actuelle un hukou d'employée à Canton, et si elle veut se marier, elle doit le transformer en s'enregistrant auprès de son comité de quartier dans le mois qui suit les noces.
Or, la réglementation impose aux futurs époux de posséder un appartement pour opérer cette transformation. Malheureusement, elle n'a pas les moyens de s'acheter sa propre résidence à l'heure où les prix de l'immobilier repartent à la hausse. Et si elle retournait chez elle dans le Shanxi à des fins d'épousailles, elle ne pourrait plus bénéficier du hukou de Canton... Une condition indispensable pour avoir une existence administrative sans laquelle l'individu ne bénéficie pas de la sécurité sociale, de l'accès à l'éducation, aux soins, etc.
Ainsi que l'explique la chercheuse française Chloé Froissart, spécialiste de la question, le hukou a permis, depuis l'époque maoïste, "d'une part, de servir le projet de développement socialiste qui a très vite induit un strict contrôle des migrations vers les villes, dont le hukou s'est avéré l'instrument privilégié. D'autre part, cette division de la population permettait au parti de mieux asseoir son contrôle sur la société". (in "Le système du hukou : pilier de la croissance chinoise et du maintien du PCC au pouvoir", Les Etudes du CERI, n° 149, septembre 2008).
Ce même hukou a en effet joué un rôle majeur dans le développement économique de la Chine, y compris après le début des réformes d'inspiration libérale au début des années 1980 : comme l'explique encore Mlle Froissart, "avec la réintroduction du marché, les paysans acquièrent l'opportunité de venir travailler en ville, sans toutefois pouvoir devenir des résidents urbains. De fait, les migrants sont exploités dans les métropoles dont ils ne possèdent pas le hukou : ce sont de fait des "citoyens de seconde zone", corvéables et taillables à merci pour un salaire de misère. Pourtant, ce sont eux qui construisent la Chine du "miracle"" !
Très impopulaire, et on comprend pourquoi, le hukou est cependant en passe d'être modifié dans le cadre d'une réforme qui consiste à en assouplir les modalités. Exemple, si le citoyen peut prouver une résidence prolongée dans une ville donnée où il paie des impôts locaux et possède un appartement, il lui est possible d'avoir une existence locale. C'est le cas à Shanghaï où la municipalité a facilité l'enregistrement des nouveaux résidents afin d'attirer les talents des jeunes diplômés.
En attendant, la pauvre demoiselle Lei avait pourtant songé à revenir se marier dans son village d'origine, mais les autorités locales ont rejeté sa requête : quand on a réussi à transférer son hukou de la campagne à la ville, on ne peut plus faire le chemin inverse. Contrôle de l'exode rural oblige... Elle a ensuite tenté de faire croire aux services concernés de Canton qu'elle avait de la famille en banlieue de la ville, mais ce pieux mensonge n'a pas marché. Aujourd'hui, elle a perdu tout espoir, et pense déjà, piètre consolation, à organiser un banquet pour fêter l'union avec son ami, à défaut de pouvoir un jour se marier civilement.
Yang Lei a fait contre mauvaise fortune bon coeur. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Désespérés, certains se sont suicidés, faute de pouvoir se marier. En 2006 à Pékin, un père qui ne pouvait obtenir de hukou pour son fils, a fini par tuer son bébé en le jetant par terre.
Courriel : philip@lemonde.fr.
Bruno Philip Article paru dans l'édition du 21.11.09
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