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Dragon

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Les cinéastes chinois découvrent la classe moyenne LE MONDE | 20.08.08 | 14h21 • Mis à jour le 20.08.08 | 14h21 A PEKIN
A gauche, à droite, à gauche, à droite... La jeune femme guide le taxi dans un labyrinthe de barres HLM géantes : elle fait visiter un grand appartement dans l'une de ces nouvelles banlieues de Pékin pour classe moyenne enrichie. Son époux s'occupe de sa fille, qu'elle a eue d'un autre mariage. Son ex-mari, patron d'une société de construction, est remarié à une jeune hôtesse de l'air. Mais on découvre bientôt que l'enfant a une leucémie et qu'en l'absence de donneur compatible le meilleur moyen de la sauver est que ses parents naturels refassent un enfant : des cellules souches seront ainsi prélevées sur le cordon ombilical. Cette perspective, avec toutes ses conséquences dans la Chine de l'enfant unique, bouleverse la vie des deux couples.
Dans Zuo you ("A gauche, à droite") - qui sort en France en octobre sous le titre Une famille chinoise -, Wang Xiaoshuai s'intéresse à une catégorie de gens et à un environnement urbain qui avaient jusqu'alors assez peu motivé ses pairs, les réalisateurs dits de la "sixième génération" : ces enfants terribles des années 1990 se sont davantage fait connaître par un tropisme pour les laissés-pour-compte de la société chinoise et la problématique de l'exode rural. "Il y a très peu de films intéressants sur la classe moyenne en Chine. Or j'arrive à un âge [42 ans] où j'ai une vision différente du mariage, des relations avec les gens. Autour de moi, certains ont une voiture, un appartement, tout a changé si vite en Chine, je suis au milieu de tout ça", raconte le réalisateur, attablé à une terrasse de café de San Li Tun à Pékin. "Ces dernières années, on a vu apparaître en Chine beaucoup de films commerciaux, à gros budget, souvent avec du kung-fu. Vous avez aussi des jeunes réalisateurs qui font des films clandestins, cherchent à aller dans les festivals étrangers en traitant des sujets qui captent l'attention des étrangers. On a un peu oublié de traiter la vie ordinaire à Pékin", poursuit celui qui s'est fait connaître par Beijing Bicycle.
Sorti en Chine dans un peu moins d'une dizaine de villes, Zuo you a eu du mal à rivaliser avec les superproductions historiques qui dominent le box-office chinois. Wang Xiaoshuai s'est déjà attelé à un nouveau projet : l'histoire d'un jeune Chinois qui part à Hongkong retrouver son père. "Quand on venait de Chine à Hongkong, avant, c'était un choc. Maintenant, ce n'est plus si différent, mais ce n'est pas pareil non plus. Le jeune en question a commis un crime par accident. Il fait partie de ces enfants dont les pères sont des hommes d'affaires de Hongkong qui entretenaient une famille de l'autre côté de la frontière. C'est un thème d'aujourd'hui qui n'a jamais été traité au cinéma par des Chinois", dit-il.
"AMOUR NON CONVENTIONNEL"
Autre cinéaste emblématique de la sixième génération, Wang Chao (L'Orphelin d'Anyang, Voiture de luxe) vient de terminer à Hangzhou le tournage de Tout peut recommencer, l'histoire d'un médecin qui voit arriver dans son service deux accidentés de la route, un homme et une femme : son épouse et son amant. Grièvement atteinte, la femme, à son réveil, a oublié tout ce qui s'est passé pendant les trois dernières années. "L'amant ne comprend pas qu'elle ne le reconnaisse pas. Mais le mari, lui, va entreprendre de reconquérir son amour. C'est une histoire de la Chine urbaine d'aujourd'hui", explique son producteur, le Français Sylvain Bursztejn, de Rosem Films, qui coproduit un autre film actuellement en montage. Intitulé Nuit d'ivresse printanière, le dernier Lou Ye est une histoire d'amour "non conventionnelle", promet le producteur, chez des jeunes de Nankin aujourd'hui.
Yu Yikwai, un Hongkongais qui est le chef opérateur de la plupart des films de Jia Zhangke, a, lui, décidé de prendre le large avec son troisième film : Plastic City, présenté dans quelques semaines en compétition à Venise, se passe à São Paolo et s'intéresse aux nouveaux immigrants asiatiques au Brésil. Quant à Jia Zhangke (Lion d'or à Venise en 2006, pour Still Life), il prépare un film... de kung-fu, que produira Johnnie To, le pape du cinéma de gangsters de Hongkong.
Brice Pedroletti Article paru dans l'édition du 21.08.08
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