Groupe : Modérateurs
Messages : 14589
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon
Sortie cinéma : 6 mai 2009
United Red Army (Jitsuroku rengô sekigun: Asama sansô e no michi)
Réalisé par Kôji Wakamatsu Japon 2008 3h10
"L'enfant terrible du cinéma japonais, Koji Wakamatsu, proche collaborateur de Nagisa Oshima, revient sur "l'incident d'Asama Sanso", prise d'otage notoire au Japon en 1972 - elle fut retransmise en direct par les télévisions japonaises plus de 10 heures durant - lors de laquelle une aubergiste fut retenue par cinq étudiants de l'Armée Rouge Unifiée (faction d'extrême-gauche prônant la lutte armée et liée à l'Armée Rouge Japonaise - futur organe du terrorisme international durant les années 70 et 80). Pourtant, les premières victimes des étudiants furent les étudiants eux-mêmes : avant le combat qui les opposa aux forces de police, quatorze jeunes gens étaient tombés, victimes du fanatisme de leurs leaders. Ce docu-fiction en trois actes, qu'accompagne une musique psychédélique électrisante signée Jim O'Rourke (Sonic Youth), illustre la radicalisation des universités au Japon dans les années 1960."
Groupe : Modérateurs
Messages : 14589
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon
QUOTE
Koji Wakamatsu : "Je n'ai pas fait ce film par plaisir" LE MONDE | 05.05.09 | 16h23
A 73 ans, Koji Wakamatsu n'a pas renoncé à sa vocation de trublion. Compagnon de route des yakuzas dans sa jeunesse, il est devenu cinéaste pour réaliser des pink-eiga, des films érotiques. Les siens sont violents, vont fouiller dans les recoins les plus sombres de l'inconscient. Parallèlement, il accompagne les composantes les plus radicales du mouvement étudiant japonais, réalisant aussi bien Les Anges violés (1966) qu'Armée rouge/FPLP (1971).
Comment avez-vous vécu l'arrestation des membres de l'Armée rouge unie, puis la révélation des purges et des exécutions ? Tout d'abord, j'ai applaudi quand j'ai vu en direct le siège du chalet d'Asama. Pour la première fois, des jeunes Japonais prenaient les armes contre l'Etat. Les cinq ont été arrêtés et j'en ai été triste. Ensuite, j'ai été profondément déçu, je connaissais Otoyama, l'une des victimes des purges. Les médias ont commencé à en parler et les intellectuels ont traité ces jeunes gens comme des bêtes. L'Etat a profité des crimes de l'Armée rouge unifiée pour liquider le mouvement, c'est après cette mort que sont apparues toutes ces sectes, y compris la secte Aum.
Regrettez-vous d'avoir attendu si longtemps pour réaliser ce film ? A cette époque, j'étais pour les étudiants, je n'aurais eu qu'une seule vision des choses. J'ai attendu que quelqu'un d'autre fasse ce film. Il y en a eu trois à ce sujet. Le dernier, Le Choix d'Hercule, était tellement mauvais que j'ai décidé de faire mon propre film. Je ne l'ai pas fait par plaisir, mais pour les générations futures.
Pour un film de cette ampleur, vous avez travaillé dans des conditions très difficiles. Nous avons tourné en équipe réduite, je me suis occupé de tout, de l'écriture du scénario, de la production, du tournage, du montage et de la promotion du film. Nous avons tourné en HD, à la lumière de bougies et de petites lampes. J'ai exigé des acteurs qu'ils viennent aux auditions sans leurs agents. Je leur ai expliqué qu'il s'agirait d'un travail collectif et que je ne voulais pas que les agents s'en mêlent. Il n'y avait ni maquilleur ni accessoiriste, trois personnes à la caméra, deux à la lumière. Je me demande comment j'ai tenu le coup, j'avais plus de 70 ans pendant le tournage.
Comment avez-vous résolu le problème de la représentation de la violence ? Plutôt que de montrer ces actes barbares, j'ai décidé de montrer les purges en filmant les gens qui y assistent. Ils ont cherché à devenir un groupe politique parfait. Ils ont tellement voulu bien faire qu'ils ont fini par tuer leurs propres membres en voulant se protéger des infiltrations, des dérives. C'est la même psychologie que les bizutages dans les écoles aujourd'hui. Je voudrais qu'en voyant le film le spectateur se demande de quel côté il se serait trouvé, du côté de celui qui purge ou de celui qui est purgé.
Y a-t-il une dimension spécifiquement japonaise dans la dérive de ces jeunes gens ? Il y a des points communs et des différences avec les groupes armés européens. Il y a la même intention à l'origine de ne pas répéter les erreurs de leurs parents. Un ancien militant allemand m'a dit qu'il s'était toujours demandé pourquoi les Japonais s'étaient entretués. C'est peut-être ça la différence. Tout ce que je constate est que, pendant la seconde guerre mondiale, trois pays ont connu le fascisme : l'Allemagne, l'Italie et le Japon. Les trois pays de l'Axe ont donné naissance à des "Armées rouges".
Propos recueillis par Thomas Sotinel Article paru dans l'édition du 06.05.09
Groupe : Modérateurs
Messages : 14589
Membre n° : 194
Inscrit le : 27/01/2005
Dragon
QUOTE
"United Red Army" : la dérive violente et autodestructrice des idéaux révolutionnaires des années 1970 LE MONDE | 05.05.09 | 16h23 • Mis à jour le 05.05.09 | 16h23
C'est une oeuvre qui frappe d'abord par sa durée, par son ampleur, son ambition, sa sécheresse didactique tout autant que par l'absurde violence de ce qu'elle décrit. C'est un film politique qui aspire à raconter une réalité proche de l'impensable, c'est un moment de l'histoire contemporaine. Le film de Koji Wakamatsu, tout en collant objectivement aux faits qu'il décrit, a les allures d'un bilan amer où la rage se conjugue avec une volonté de traquer l'humain jusque dans ses manifestations les plus inhumaines. Koji Wakamatsu est un cinéaste en colère qui occupe une place singulière dans l'histoire du cinéma japonais moderne, une place excentrique, au sens propre.
Car, en effet, quoique Nagisa Oshima ait fait part de son admiration pour le cinéma de Koji Wakamatsu, celui-ci n'a jamais vraiment été considéré comme un cinéaste de la Nouvelle Vague japonaise. Longtemps associé au genre érotique qui domine le marché nippon au début des années 1970, il ne saurait être non plus confondu avec ces réalisateurs qui, au sein même des grands studios, ont inventé un cinéma érotique à la fois tordu et rentable, réponse de l'industrie à la crise du cinéma d'alors. Foncièrement indépendant, prolifique, Wakamatsu a construit sa carrière hors du système, inventant une oeuvre consacrée à montrer l'imbrication irrésistible du sexe, de la violence et de la politique. Tout chez lui est affaire de pulsions.
United Red Army affiche un projet orgueilleux : celui de raconter la formation de l'Armée rouge japonaise et, plus largement, le passage de certains mouvements politiques issus de la contestation anti-impérialiste des années 1960 à la lutte armée. Aveuglés par le fantasme de rejouer la révolution d'Octobre, enragés par l'inertie du mouvement ouvrier, une partie de l'extrême gauche japonaise a construit autour d'une rhétorique corsetée et d'une lutte de factions microscopiques un théâtre brutal qui allait se dissoudre dans une forme d'étouffement sanglant.
PURGER PAR LA VIOLENCE
Une telle situation, observée au même moment dans de nombreux pays, a pris au Japon des proportions inouïes. Le film débute par des images d'archives, et le récit détaillé, sobre, d'une efficacité pédagogique à toute épreuve, des événements qui allaient déterminer la situation décrite. Les échecs successifs des combats des années 1960 (lutte contre le traité américano-nippon, contestation étudiante) ont en effet conduit à une radicalisation d'une partie du mouvement.
Le film va, dès lors, s'attacher à ceux qui ont créé la Faction armée rouge et la Fraction révolutionnaire de gauche. Les images d'archives se raréfient et le film tourne au huis clos. Passés à la clandestinité, réfugiés dans un chalet de montagne près de Nagano, une poignée de militants des deux partis partagent leur temps entre l'entraînement physique et l'apprentissage théorique. Progressivement, le groupe va purger, par la violence, ses éléments les moins sûrs. Les séances d'autocritiques tournent au procès politique, qui débouche sur l'élimination de supposés traîtres ou "mous". Quatorze corps seront retrouvés, des membres du groupe exécutés par leurs camarades.
Wakamatsu tente de décrire la mise en marche de ce mécanisme qui conduit à cette dérive atroce et autodévoratrice. Les coups et les tortures orchestrés par le couple monstrueux que constituent les leaders du groupe enivrent jusqu'au spectateur plongé dans ce qui va devenir un inhumain pandémonium sanglant.
La spirale de violence mène à un chaos proprement shakespearien. Forme extrême d'un stalinisme appliqué qui vire à la mystique sanguinaire, le comportement des protagonistes est objectivement reconstitué par un cinéaste fasciné par un engrenage dont l'extrême brutalité accentue l'absurdité. Filmant en numérique, en se rapprochant au plus près des protagonistes, le réalisateur colle sa caméra aux personnages et concentre progressivement son attention dans une manière de scruter les visages. Les faces sont tordues par la souffrance ou, au contraire, d'une impassibilité soit impitoyable, soit énigmatique. En cherchant la vérité des visages, Koji Wakamatsu tente de traquer, sans doute, l'expression d'une humanité perdue par le fanatisme.
Film japonais de Koji Wakamatsu avec Sakai Maki, Jibiki Go, Onishi Shima. (3 h 10.)
Jean-François Rauger
--------------------
其实人在小时候就已经养成看待世俗的眼光,只是你并不自知。(侯孝贤)
0 utilisateur(s) sur ce sujet (0 invités et 0 utilisateurs anonymes)
0 membres :